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Opération Guy
Môquet 2007
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La lecture
de la « lettre d’une mère à son fils »,
« Lettre à mon fils » s’il avait subi le sort tragique de
Guy Môquet,
A eu lieu à PARIS le lundi 22
Octobre 2007
au Trocadéro à 16 h. 30
Sur le Parvis
des Libertés et des Droits des Femmes et des Hommes
Cette lettre a été écrite et
sera lue par Marie Robert ,
écrivaine et actrice de la Paix
Nommée Messagère de Culture de
la Paix en l’an 2000 à l’UNESCO
Par la Commission de la
République Française,
Et
Membre du Cercle des Ambassadeurs de la Paix de Genève
Des « Femmes de parole »
se sont exprimées, avec des témoignages, des lettres
reçues, leurs poèmes : Nicole
Barrière, Nazand Bégikhani, Marguerite Bertoni,
Huguette de Broquevelle, Geneviève Clancy,
Françoise Coulmin, Thanh Van Ton That...
Le message de soutien reçu de
Fédérico Mayor,
ancien Directeur Général de l'Unesco
et Président de la
Fondation Culture de Paz à Madrid a également été transmis
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© Textes
des lettres de Marie ROBERT, nommée
MESSAGERE de CULTURE de la PAIX à l’UNESCO
En l’an 2000 par
la commission de la république française auprès de l’Unesco
Lettre
de présentation:
Chers amis
Texte 1)
« Lettre
d’une mère à son fils, ma lettre à mon fils »

Texte 2)
tagique que Guy Môquet
A
tous les citoyens Français et à tous les citoyens du monde,
Aux peuples des Nations Unies
Quelques commentaires, réflexions et
observations sur la lettre de Guy Môquet
 Texte
3)
Lettre au Président de la république française, Nicolas Sarkozy,
Et à tous les chefs d’état des pays membres
des Nations-Unies
Poème " au nom des mères"
*m'écrire,
échanger, apporter
soutien
http://thea.blog.mongenie.com
|
Lettre de présentation : chers amis
Mes amis,
Le Président de la république française a
choisi d’instituer une journée nationale pour commémorer la date
d’une exécution, celle du jeune Guy Môquet le 22 Octobre 1941.
En effet, il a annoncé qu’il fera lire la
lettre d’adieu de cet adolescent condamné à mort à l’âge de 17
ans et demi à tous les élèves de seconde dans les lycées de
France.
En tant que messagère de culture de la
paix nommée par la commission de la république française auprès
de l’Unesco en l’an 2000, je ne peux laisser une initiative
personnelle d’un chef d’état devenir une « institution de fait »
et non de droit dans l’éducation de notre jeunesse sans me
manifester, et cela pour diverses raisons que vous comprendrez
en lisant les 3 textes que je viens d’écrire pour expliquer mon
point de vue d’ambassadrice de la paix.
Texte 1)
« Lettre d’une mère à son fils, ma lettre
à mon fils »
S’il avait dû subir le même sort tragique
que Guy Môquet
Texte 2)
A tous les citoyens Français et à tous
les citoyens du monde,
Aux peuples des Nations Unies
Quelques commentaires, réflexions et
observations sur la lettre de Guy Môquet
Texte 3)
Lettre au Président de la république
française, Nicolas Sarkozy,
Et à tous les chefs d’état des pays
membres des Nations-Unies
Je vous en souhaite une lecture attentive
et j’espère que ces trois longs textes seront sujets à
dissertation et réflexion dans les lycées de France, mais aussi
sur toutes les scènes où se représentent la violence et la
guerre.
Personnellement, je vous engage à apporter
votre point de vue sur cette décision qui n’est pas sans
conséquence sur la construction des esprits de toute une
génération.
Parce que l’école ne m’a pas apporté les
bases de la culture de la connaissance dans le dialogue avec
l’autre, l’affirmation et l’estime de soi dans la sérénité, j’ai
consacré quarante années à réfléchir à l’éducation des mots, des
gestes et des images et à leur portée culturelle.
Et pendant ces quarante années, j’ai
construit des actes de culture de la paix avec des mots, des
gestes et des images, pour pallier à une lacune considérable de
notre philosophie de vivre ensemble et à une lacune immense
concernant l’engagement de la parole des femmes dans les
générations qui m’ont précédée et qui, en me léguant leur
silence, m’ont confié leurs secrets, leurs blessures cachées en
héritage. La teneur de mon premier livre « l’urgence d’aimer »
écrit il y a vingt ans et édité en 1996 est plus que jamais
d’actualité.
Parce que les moyens dont dispose la
France, l’éducation nationale et le ministère de la culture en
particulier, doivent avant tout servir la cause de la paix et
que les artisans de paix qui foisonnent dans notre pays sont
« invisibles » aux yeux du grand public, oeuvrant le plus
souvent avec beaucoup de convictions et d’énergie humaine mais
avec très peu de moyens financiers, je me dois de dire que
l’argent collectif dépensé pour la mise en œuvre de la journée
du 22 Octobre 2007 serait mieux utilisé s’il servait à faire
connaître et à lire la Déclaration Universelle des Droits
de la Personne Humaine (de l’homme) à toute notre
jeunesse, et non cette tragique lettre.
Faire régression avec l’apologie de la
résistance alors que nous avons déjà créé l’Europe avec
l’Allemagne et commémorer l’exécution d’un enfant inscrivent la
culture de la guerre dans sa continuité historique.
Mes amis, célébrons la vie, la naissance,
la renaissance, le changement de nos mentalités pour émerger
enfin de la tragédie de la culture de guerre. Traduisez ces
lettres en toutes les langues. Faites circuler mon message.
Merci de votre aide et de votre attention.
Avec mes meilleurs sentiments de paix
Marie Robert
*m'écrire, apporter votre soutien à mon initiative,
rassembler les énergies, réaliser ensemble des actions
cohérentes
*retour tête de page |
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TEXTE 1/3
« Lettre à mon fils » s’il avait subi le même sort que Guy
Môquet
Mon cher enfant, mon bien-aimé fils,
Ta lettre m’a bouleversée jusqu’au
tréfonds de mon âme de maman.
Ce petit morceau de papier avec ton
écriture est la dernière chose qui me soit parvenue de toi.
Je voudrais que tu saches le poids du
chagrin que je porte au fond de mon cœur depuis ton exécution,
dans quels abîmes j’ai été plongée, seule avec ce drame qui a
brisé mon espérance légitime et ma foi en l’homme!
Ma pensée toute entière s’est enfoncée
dans une tristesse infinie, une dépression aussi profonde que la
plus sombre des vallées de notre planète, celle dont le torrent
de larmes arrachées au ciel ne voit jamais le soleil. J’ai lu et
relu ta lettre tant et tant de fois ! Elle était l’ultime
expression de ta vie! Chaque fois, je t’imaginais encore vivant
au moment où tu l’écrivais dans la cellule de ta prison.
Vivant encore ! Vivant quand tout est
encore possible ! Moi, je t’avais donné la vie. Les hommes qui
t’ont condamné te l’ont repris. Ils ignoraient le don et la
grâce. Ils méprisaient le miracle vivant. Faire le deuil de
cette ignoble histoire m’a été impossible. Comment consoler le
ciel et la terre ?
N’est-ce pas une pure folie, la guerre qui
t’a arraché brutalement à ma tendre affection ?
Est-il possible d’accepter à jamais
l’injuste sentence de mort qu’ils t’ont infligée ?
Est-il possible de penser à jamais que la
vengeance est bénéfique et que la peine de mort est une punition
juste ? Quelles sortes d’esprits peuvent légitimer cela ?
Est-il possible de ressasser
inlassablement les méfaits de cet horrible déchaînement de
circonstances qui m’a privée de ta chère présence et de ton
soutien de fils aimant ?
Accepter tout cela serait le ranimer sans
cesse et le cautionner. Mon cher fils, cela m’est impossible.
J’ai le devoir de dénoncer les bourreaux qui ont fait de toi
leur victime alors que tu n’étais encore qu’un enfant. Ils t’ont
privé de tous tes droits, ils t’ont sacrifié à leur cause : la
terreur.
Je n’ai pas eu le droit de te voir pour
t’embrasser sur les deux joues et sur le front pour te bénir, je
n’ai pu ni te serrer entre mes bras une dernière fois ni te dire
adieu.
Au fil des années qui se sont écoulées
depuis cette date terrible, personne ni rien n’a permis à la
mère blessée que je suis d’épuiser sa douleur. Elle est ancrée
au fond de moi à jamais.
J’aurais voulu prier les hommes de te
laisser en vie. Je prie aujourd’hui pour les hommes afin qu’ils
se réveillent, sortent de leur torpeur et de leur violence, et
qu’ils respectent la vie qui a été formée, transformée et
nourrie dans le ventre de leur mère.
Accepter tant de privations, d’injustices
et d’interdictions, tant de renoncements, tant de traumatismes
sans me révolter intérieurement, sans exprimer ma souffrance,
sans dire au monde ma douleur, sans lui dévoiler son inhumanité,
accepter tout cela en silence et passivement me condamnerait à
demeurer pour toujours l’otage de ces ignominies, l’esclave
inculte d’une culture de la haine.
La haine est une émotion destructrice.
Elle emporte tout sur son passage dans un tourbillon de pensées,
de paroles et d’actes malfaisants.
Comment ai-je pu survivre à cet horrible
jour, le 22 octobre ? Par la révolte, mon fils !
La révolte ! Mon courage n’a pas été
d’accepter « courageusement » ta mort comme tu me l’écrivais, ni
de me résigner.
Non, mon cher fils, mon vrai courage a été
la révolte, la révolte des esclaves, la révolte des gens soumis
et qui n’en peuvent plus de subir, de supporter des injustices.
J’ai appris peu à peu à devenir une femme
libre, insoumise ! Et je le suis plus que jamais aujourd’hui en
2007 car un nouveau président de la république vient raviver
notre tragédie familiale en utilisant ta lettre comme un objet
de culte et de culture. Elle ne peut avoir cette vocation. Et je
suis à nouveau révoltée.
Oui ! Mon enfant ! L’énergie de mon cœur
qui bat a servi la révolte profonde et salvatrice qui a surgi en
moi pour me donner le courage indéracinable d’émerger de ce
cauchemar, de sa violence, et pour continuer à vivre.
La révolte des esclaves qui refusent
l’indignité pour eux-mêmes et pour leurs enfants !
J’ai appris à transformer peu à peu ma
révolte interdite et silencieuse pour ne pas me perdre dans les
désordres de la folie, et parce que mon autre enfant avait
besoin de moi.
Il existe un mot que j’ai appris à
comprendre, un mot que j’ai dû apprendre à aimer, à faire mien
pour qu’il résonne inlassablement au fond de moi-même, auquel
j’ai dû donner du sens pour ne pas sombrer définitivement dans
l’amertume, la rancoeur et le désespoir.
C’est le plus beau mot de ma langue
maternelle : Liberté ! Ma liberté de mère, ma liberté de femme,
je les ai conquises pour dire « plus jamais cela » !
Mon bel enfant, tu étais le premier de mes
fils, un amour d’enfant, un frère aîné tant aimé.
Tu es venu au monde parce que j’ai aimé un
homme, ton père, d’un amour sincère et profond et parce que j’ai
aimé de toutes mes forces vives la Vie.
Tu es né de ma chair et de cet amour qui
portait en mon sein toutes les promesses que la Terre peut
engendrer, la grâce d’une expérience vivante, la construction
d’une existence épanouissante remplie de satisfactions, de
plénitude et de joies simples. Tu avais ce droit-là.
Je t’ai accouché comme on dépose en un nid
un trésor. Car tu étais unique. Pour sa maman, chaque enfant est
unique avec ses différences, chaque enfant est irremplaçable.
Je t’ai allaité pour que tu deviennes beau
et fort, que tu sois vif, intelligent, bien équilibré.
Je t’ai vu grandir avec tant de bonheur,
faire tes premiers pas, apprendre à parler.
Je t’ai appris à dire merci et s’il te
plaît, à partager, à donner, à communiquer avec les autres, à
aimer, à te respecter. Je t’ai donné tant d’amour ! J’en avais
encore plein l’outre de mon cœur pour toi, pour toute ta vie.
Je suis très âgée aujourd’hui.
Il y avait un puits d’amour, d’espoir et
de lumière au cœur de ma jeunesse quand je t’ai accouché.
Il y a toujours un puits d’amour, d’espoir
et de lumière au cœur de la jeunesse.
La jeunesse a besoin de l’intense énergie
de la beauté pour construire de manière positive ses relations
avec le monde.
Tes bourreaux ont pillé la tienne pour y
déverser des poisons mortels qui se nomment sacrifice, punition,
sanction, mépris, humiliation, haine, vengeance, rancoeurs avec
tout leur cortège d’idées noires. Ceux qui t’ont mené au poteau
d’exécution ont fait de toi la victime de leur cruauté!
En mon cœur de femme, j’ai pensé que je
t’éduquais pour la vie, pour te voir un jour être le père de mes
petits enfants, pour avoir un jour le bonheur de les voir
naître, grandir et se développer dans la joie, la confiance et
dans la paix.
Puisqu’il est normal que les enfants
devenus adultes accompagnent leurs parents dans la vieillesse,
je pensais que tu me survivrais et que tu serais notre précieux
soutien quand nos forces diminueraient.
Les générations se succèdent les unes aux
autres.
Les enfants succèdent à leurs parents qui
voient naître leurs petits enfants pour qu’ils deviennent un
jour à leur tour des parents.
Il en est ainsi depuis l’aube de
l’humanité pour qu’à travers notre arbre familial, la vie se
soit incarnée jusqu’à toi.
Quelle chance est plus naturelle que celle
de devenir le rameau d’un arbre chargé de beaux fruits, de beaux
enfants qui viennent embellir la diversité créatrice de notre
humanité. Nous devrions savoir que nous sommes riches de nos
différences et apprendre à être dignes et fiers d’incarner cette
humanité !
N’est-ce pas là le programme juste et
cohérent d’une famille qui se ramifie de générations en
générations ?
N’est-ce pas là le programme juste et
cohérent quand on croit en Dieu ? Et quand on n’y croit pas ou
plus, n’est-ce pas là le programme logique de toute la vie
humaine créée par la nature ?
Tu étais, tu es et seras à jamais une part
de moi incarnée pour l’avenir, une fleur de la jeunesse à
laquelle l’humanité dans sa barbarie arrogante et insolente a
osé interdire de produire des fruits. Ton exécution a laissé à
jamais une cicatrice béante aux marques indélébiles sur ta
branche de vie qu’ils ont coupée en pleine poussée de sève
printanière.
Aucun baume ne l’effacera jamais. On
n’efface jamais les assassinats. On peut simplement guérir de la
maladie de la guerre, le choisir librement en puisant dans sa
force intérieure et dans sa capacité à penser.
Mon enfant, dans les traditions, les
habitudes et les lois qui président à la gestion des rapports
humains, l’acceptation et l’institution de la guerre est la pire
de toutes. C’est une anti-relation. Elle brise les liens. Elle
est dirigée contre notre Mère Nature et contre Dieu pour ceux
qui y croient, contre toutes les créatures et contre tout ce qui
s’oppose à l’expansion du pouvoir de quelques personnalités à
l’égo surdimensionné qui n’ont que le culte d’elles-mêmes.
La loi du plus fort par la guerre est
devenue une loi injuste depuis que l’humanité a inventé les mots
liberté et égalité, depuis qu’elle a pensé et écrit la
Déclaration Universelle des droits de la personne humaine.
Avec brutalité et férocité, avec
perversité, la guerre prive des enfants de leurs parents, prive
des parents de leurs enfants, et prive des enfants de leur
légitime aspiration à une vie riche, fructueuse en expériences
et en prises de conscience, à une vie bien remplie. Elle les
prive de leur descendance, rendant définitivement stérile un
rameau de l’arbre de la vie.
La guerre prive beaucoup d’êtres de leur
accomplissement en les traumatisant, en les humiliant, en les
anéantissant, en les mutilant.
Tu as été privé d’un avenir qui pouvait
t’apporter l’expérience et la satisfaction des combats menés non
pas contre les autres, mais contre soi-même pour progresser vers
plus de conscience, de savoir - être et d’amour à recevoir et à
donner.
Aucune mère, et je l’espère, pas même la
femme de l’actuel président de la république française, ne
souhaiterait que son fils bien-aimé subisse le même sort que
toi.
Crois-moi, mon cher fils, j’aurai préféré
ne jamais exister plutôt que de mettre au monde un être à qui la
société a fait subir un sort aussi injuste que le tien, auquel
elle a infligé un châtiment aussi douloureux.
Ne jamais exister plutôt que de te voir
sauvagement exécuté et faire partie du lot innombrable des
sacrifiés.
Notre Mère la Nature ne voulait pas cela.
Dieux les pères ne voulaient pas cela non
plus.
Et moi qui ne crois plus en rien, penchée
sur un désespoir infini, animée de ma libre révolte, puisant
chaque jour dans ma solitude le vrai courage de ma pensée et de
mes paroles, je ne le voulais à aucun prix.
Ce prix du sacrifice, nous l’avons assez
lourdement payé.
Ce prix à la couleur du sang versé, des
larmes, à l’odeur des crimes et des meurtres, toujours réclamé
depuis des siècles et des générations dans la « culture des
hommes entre eux », ce prix-là, je dis qu’il faut refuser de
continuer à le payer.
Il renforce dans la nature humaine son
goût immature pour la tragédie, pour la mort violente mise en
scène et donnée en spectacle, donnée en pâture et en tribut à
l’horreur.
Il nie la générosité de la nature humaine.
Il nous appauvrit spirituellement et exprime nos grandes
pauvretés et misères intellectuelles.
Mon petit, confrontée à mon désespoir et à
ma douleur intime, j’ai été obligée de beaucoup réfléchir depuis
qu’ils t’ont tué.
Continuer à servir passivement la culture
de la guerre, à me taire, je ne le puis plus.
Ce serait accepter d’être amputée à jamais
d’une partie de moi-même, de la condamner à devenir l’ennemie de
l’autre.
Ce serait accepter un désordre social qui
condamne une partie de ses enfants à être sacrifiés, esclaves de
l’autre, une part de soi humiliée, anéantie ou exclue.
Mon cher fils, tu me demandais d’être
courageuse. Mais tu sais bien que le courage vient du cœur. Mon
cœur de mère ne peut pas comprendre ta mort dans des
circonstances si cruelles.
Ils t’ont choisi pour être leur victime,
leur martyr pour l’exemple, et aujourd’hui on voudrait faire de
toi un exemple pour une jeunesse désabusée et désorientée, une
sorte de héros « gardien et sauveur de la culture ancestrale des
pères », du temple des pères sacrificiels.
Tu as cru que devenir un homme, c’était
apprendre le combat, trouver des adversaires pour apprendre la
lutte. Mais pour moi, ta maman, devenir un homme, c’est
apprendre à vivre, apprendre la vie.
Etre un homme, mon fils, c’est être en
vie, donner la vie, la porter et l’aider à s’exprimer dans tout
ce qu’elle a de force et de vitalité, dans tout ce qu’elle a de
créatif.
Comme nous avons tous souffert ! Nous
avons souffert pour nos convictions personnelles. La police de
la république française a emprisonné ton père pour ses opinions
politiques et ses engagements communistes. Elle l’a déporté et
incarcéré en Algérie.
Tu n’as pas pu le supporter, moi et ton
petit frère non plus.
Tu as compris qu’il y avait une atteinte
aux droits fondamentaux de la personne humaine : poursuivre
quelqu’un pour ses idées, son appartenance à une communauté
religieuse ou politique est une faute grave commise par le
gouvernement de notre république car dans sa constitution,
celle-ci garantit à chacun de ses citoyens la liberté de pensée
et d’expression.
Ta révolte nourrie des blessures de
l’adolescence, associée au besoin de sauver ton père et de
partager ses idées, de suivre la voie qu’il avait tracée,
explique tes engagements. Tu as pensé qu’un fils digne de ce nom
doit accepter de reprendre, de transmettre et de défendre
l’héritage du père. Je comprends ton point de vue.
Ta révolte adolescente pouvait-elle servir
à réparer l’injustice et l’affront subi par notre famille ?
Est-il acceptable d’être condamné pour ses
opinions politiques ?
Est-il acceptable d’être désigné comme
otage pour satisfaire la brutalité et la cruauté des autres ?
Je ne peux oublier que c’est l’état
français lui-même qui t’a choisi pour être remis à l’ennemi et
exécuté par les allemands.
Je ne peux oublier que tu as payé de ta
vie une dette à l’état français, une dette injustifiée et
injustifiable.
Je ne peux effacer la dette que cette
république a contractée à mon égard.
Car tu étais ma bénédiction du ciel, mon
espérance portant le futur.
Tu es mort assassiné par la haine des
hommes, dans une guerre où les pires brutalités qu’un homme
puisse infliger à un autre homme se sont exprimées avec un
acharnement morbide et pervers.
Et je ne suis pas encore assez dure avec
tes bourreaux !
Que dis-je, dans une guerre où tout homme
adulte aurait dû se savoir responsable de ta jeunesse, aurait dû
s’interdire d’infliger une sentence de condamné à mort à
l’enfant naïf et innocent qui s’abritait derrière ton
adolescence brisée par les injustices subies.
Et malgré tout cela, tu m’écrivais « Que
ma mort serve à quelque chose ».
Mon cher enfant, quelle est l’utilité du
sacrifice, ce vieux problème de l’humanité avec elle-même ?
Le sacrifice est un crime, un meurtre et
comme tel, punissable par la loi. C’est un héritage tenace de
nos vieilles croyances.
Quelque chose de barbare en nous pense
qu’en sacrifiant une partie de ses fils et ses filles, une
communauté peut se souder, conjurer le sort, vaincre la fatalité
et obtenir des gains, des profits, des grâces, l’estime de quels
dieux mythiques ou modernes ? Nous sommes conditionnés par de
vieilles mentalités, par le vieil homme ignorant et inquiet qui
sommeille en nous. Mais il est temps d’ouvrir les yeux, de se
réveiller, nous créons les réalités.
Vois-tu, mon cher enfant, j’ai traversé
tant d’années chargées de ces souvenirs dramatiques et
terribles ! Il n’y a pas assez de mots pour décrire l’horreur,
le chagrin immense et la tristesse enfouie à jamais au plus
profond de mon cœur de mère, pas assez de mots pour parler de
mes blessures, pour en souhaiter la guérison et en obtenir la
réparation.
Je suis une vieille femme à présent. Mon
grand âge et tout le chemin parcouru depuis que j’ai reçu ta
lettre doivent forcer le respect que la France a contracté à mon
égard.
Et je me sens en plein droit de réclamer à
cet état le paiement du préjudice que j’ai subi en te perdant.
En assassinant mon enfant, on a assassiné
mon cœur de mère et mon espérance de femme.
Cette république peut-elle comprendre
cela ? Elle s’était pourtant constituée sur la reconnaissance
des droits du citoyen et cependant, tous ces droits t’ont été
refusés.
Quelle dette immense est celle de la
France à l’égard de toutes les mères qui ont été privées de ce
droit fondamental : le droit à la vie pour leurs enfants, leur
droit de ne pas être tués, assassinés par la haine des autres.
Quel crime avais-tu commis ?
Celui de jouer au petit soldat comme un
enfant en culottes courtes entraîné malgré lui dans un jeu de
massacre ? Il est vrai que tu avais été habitué à tous ces jeux
de garçons qui ritualisent le combat et en font un acte
d’affirmation et de bravoure.
Sais-tu combien de jeunes comme toi ici et
là dans le monde sont prêts à aller au sacrifice croyant
combattre un ennemi désigné comme la source de tous leurs
malheurs, alors qu’ils ne sont que des victimes sous l’influence
des manipulateurs.
Terroristes pour les uns, combattants pour
la cause pour les autres, en tout cas sacrifiés au désastre
collectif, à la faillite spirituelle de l’humanité, au profit et
pouvoir de quelques gourous, chefs d’état ou maîtres à penser.
A 17 ans et demi, en pleine adolescence,
tu étais encore un enfant mineur.
Avais-tu seulement connu l’amour d’une
jeune fille ? Avais-tu été aimé en retour ?
C’est de tout l’amour, le nôtre et le
tien, que tes bourreaux t’ont privé, oui tes bourreaux, français
et allemands confondus dans le chaos et la lâcheté des guerres !
Cette guerre des adultes irresponsables et
inconscients, cette guerre qui n’était pas la tienne.
Tu n’en avais ni l’âge, ni la
connaissance, ni l’apprentissage, ni l’expérience, ni la
compréhension.
Moi, je t’avais mis au monde pour
apprendre à aimer et tu as été détruit par la violence et par la
haine. Quelle déchirure !
Je suis aujourd’hui intimement convaincue
que l’amour guérit de la guerre, de toutes les guerres, surtout
des guerres que l’on se fait à soi-même.
Je suis intimement convaincue que, pour
devenir un homme plus tard, il faut avant tout étudier le cœur
de l’être humain.
L’homme ne sait pas encore utiliser son
intelligence pour créer, construire et valoriser des relations
humaines créatives et saines, des relations vivantes entre les
peuples, des relations basées sur la confiance et le dialogue,
la reconnaissance mutuelle et l’acceptation du droit que chacun
a de vivre libre et digne.
Libre et digne !
.
Mon cher enfant, je ne pouvais accepter
passivement ton sacrifice sans devenir sacrificielle moi-même.
Tu sais que j’ai été courageuse pour
embellir la vie des miens et pour leur apporter le meilleur avec
ce que j’avais et avec ce que j’étais, mais mon cœur ne pouvait
avoir subi une pareille agression sans dire un jour ce que je
pense vraiment, ce que mon âme a supporté, mon déchirement.
Mon courage est celui de rappeler que tu
es mort assassiné non pour sauver une cause, mais parce que tes
droits n’ont pas été respectés.
Je n’ai pas su te protéger de ce désastre,
ni toi, ni tes camarades qui aviez foi en l’homme, en le
partage, en la construction d’un autre monde plus équitable,
plus juste et dans lequel les richesses seraient mieux
partagées.
Moi qui suis si vielle aujourd’hui, qui ai
survécu malgré mon chagrin, ma tristesse et ma peine, qui ait
survécu au tragique et au drame, je peux dire au monde
d’aujourd’hui le fond de ma pensée.
Il n’est pas bon d’utiliser ton sacrifice
et ton exécution sommaire comme un objet tragique, exemplaire et
libératoire pour une jeunesse à l’énergie désorientée. Mais ce
qui m’épouvante encore davantage, c’est l’utilisation et la
mercantilisation de notre tragédie et de notre douleur, de la
lettre qui nous était destinée, à nous ta chère famille, et
seulement à nous, en faisant d’elle et de toi un produit de
consommation et de marketing avec la production et la vente de
timbres et de carnets frappés à ton effigie.
Et cela, je ne puis le supporter. Je ne
peux supporter que ton exécution serve aujourd’hui de prétexte à
l’affirmation d’un pouvoir politique.
C’est comme si tu étais trahi, exécuté une
deuxième fois.
On a voulu faire de toi un héros de la
résistance, alors que tu n’as été qu’un enfant martyr
Tu as été le martyr d’une humanité qui ne
savait pas accorder à tous ses enfants la joie et le droit de
vivre dans la paix et la dignité.
Tu ne peux devenir le héros d’une jeunesse
violente, rebelle et incontrôlable à laquelle un « sauveur »
croit promettre l’ordre en manipulant ses illusions perdues ou
ses aspirations désespérées.
Récupérer ta lettre et en faire un objet
de culte, orienter les esprits en occultant la vérité historique
est une nouvelle dette que la république contracte à l’égard de
tous ses citoyens et d’elle-même.
On ne se dédouane pas de la culpabilité
historique en occultant une partie de l’histoire ou en la
transformant en objet de vénération.
Ta mort n’a pas servi l’humanité. Elle
n’est l’exemple, la révélation, l’apothéose que d’une seule
cause : la barbarie. Elle a juste semé plus de haine dans le
cœur des humains, plus de souffrance dans le cœur d’une mère,
plus de peines dans le cœur des tiens.
Aucune mort violente ne sert la vie.
Aucune guerre n’est juste. Aucun crime n’est justifiable.
Mourir par la guerre demeure le plus grand
désastre que puisse infliger l’homme à son humanité et à son
devenir.
J’ai traversé un siècle, te rends-tu
compte mon enfant ?
A la fin de cette épouvantable guerre, des
consciences éclairées, des hommes justes ont élevé leurs voix
pour édifier les Nations-Unies. Ils ont écrit cette phrase en
préambule de leur charte :
« Les guerres prenant naissance dans
l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent
être élevées les défenses de la paix »
Seule la paix que j’ai cherchée en moi
dans le recueillement, avec la volonté et la certitude
intérieure que l’amour est plus créatif et plus fort que la
haine, seule cette paix m’a permis de vivre si vieille.
J’ai appris à me savoir bien vivante, bien
habitée, bien consciente de la petite vibration qui m’anime, la
vibration de vie que je t’avais transmise et dont il manque la
longue onde de ta branche sur l’arbre de mon histoire. J’ai
appris aux enfants que la danse de la vie ne pouvait être une
danse macabre faite de négations, de refus et de sacrifices.
La violence et la guerre sont culturelles
et héritées, largement éduquées et reproduites par
l’environnement de violence dans lequel se complaisent les
esprits humains.
La guerre alimente toujours la violence et
la paix n’est pas le contraire de la guerre.
La paix est une création individuelle et
collective dans laquelle nous nous refusons de commettre les
atrocités et les abominations que l’humanité s’autorise et
justifie en temps de conflits armés.
La paix n’est pas l’absence ou le gel de
conflit. Elle est la création du dialogue, du savoir - être, de
la parole exprimée pour affirmer la justice et le droit, la
gratitude infinie en la vie.
Ce qui compte, c’est que nous apprenions à
vivre les uns avec les autres, que nous acceptions de développer
notre énergie pour vivre les uns avec les autres et non les uns
contre les autres.
Là où tu es maintenant, sache que tu n’as
pas été mis au monde pour être un enfant abandonné, trahi ou
sacrifié.
Sache que la nature n’a pas conçu les
armes qui t’ont assassiné, sache qu’elle n’a pas conçu les armes
qui m’ont causé une telle souffrance morale tout au long de mon
existence.
Sache enfin que la vie qui s’est incarnée
en toi avait un programme pour toi, sache qu’elle n’a pas
produit la haine qui t’a conduit devant le mur des fusillés.
Dieu, la nature et la vie laissent aux
hommes le choix de leur destinée. Pourquoi utilisent-ils si mal
cette liberté ?
La culture de la paix en mon cœur a exigé
que je ne serve pas inconsciemment ma propre culpabilité, trop
souvent subie et héritée des générations précédentes, mais que
je me penche avec courage et intelligence sur les racines de
celle-ci pour la transformer en responsabilité face à notre
avenir. C’est ce que l’on pourrait appeler faire acte de
repentance.
J’ai été libre de haïr le peuple allemand
qui t’a entraîné avec lui dans le tourbillon de sa folie
désastreuse. J’ai été libre de haïr ce peuple français qui lui
aussi avait permis à ce tourbillon destructeur de massacrer tant
de vies et de détruire tant d’espoirs dans sa jeunesse en plein
élan
J’ai été libre d’accorder mon pardon ou de
le refuser. J’ai été libre du choix de ma conscience et malgré
la douleur fulgurante ressentie en ma chair au moment où les
balles ont pénétré ton corps, malgré l’horreur, malgré le crime,
je continuerai à choisir toujours la vie pour apprendre à
l’aimer.
La mort paisible viendra me prendre dans
mon sommeil de veille femme épuisée. Elle viendra me chercher à
l’heure qui lui convient, à l’heure qui me convient. Ensemble
nous réengendrerons la création. Cette mort là sera acceptable
puisque le cycle de la vie aura accompli à travers moi sa
révolution dans la trajectoire de son évolution.
Mais avant de mourir, avant de te
rejoindre, j’ai le devoir de dire que les états et les
gouvernements ont une dette aux mères, la dette du déficit
d’amour : le prix de la souffrance, de la violence qu’ils
engendrent et des sacrifices qu’ils réclament pour assouvir
leurs ambitions, asseoir, assurer ou maintenir leur pouvoir.
Toi mon fils, tu aurais 83 ans
aujourd’hui, des enfants et petits enfants, si tu n’avais pas
été le jeu et l’enjeu de représailles, du pouvoir des hommes les
uns contre les autres. Comme j’aurais pu t’aimer encore !
Que n’ai-je su assez te protéger, mon cher
enfant, pour t’entendre aujourd’hui encore me dire « merci
maman, merci la vie », pour t’entendre me dire encore « je
t’aime, maman », pour que tu sois près de moi, que tu me tiennes
la main à l’heure juste de mon dernier souffle.
Ta maman qui t’aime à jamais, ce 21
Septembre 2007
Journée internationale de la Paix
décrétée par les Nations-Unies
Note
d’auteur:
Conformément à
la loi sur la propriété intellectuelle et artistique, ce texte
ne peut être reproduit sans autorisation au préalable de
l’auteur. Après obtention du droit de copie et de reproduction,
la mention suivante doit apparaître :
© Marie Robert,
artiste nommée messagère de la paix à l’Unesco en l’an 2000 –
texte écrit en septembre 2007 – dépôt SACD
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TEXTE 2/3
A tous les citoyens Français et à tous les citoyens du monde
Aux peuples des Nations Unies
Quelques commentaires, réflexions et observations sur la lettre
de Guy Môquet ci-jointe pour information
La lettre du jeune Guy Môquet est écrite
pour la famille dans laquelle il a grandi et s’est construit, de
fait un cercle très restreint de personnes directement
concernées par sa brutale disparition.
Elle n’a de portée universelle que celle
de l’amour exprimé pour les siens, celle du respect et de la
considération d’un enfant pour ses parents.
Mais quel déchirement ! Cet adieu est
rédigé quelques heures avant qu’il ne soit exécuté, un
événement traumatisant pour toute une famille et pour toute
une société, un choc considérable qui ne peut laisser que des
traces indélébiles et sombres dans l’histoire. Et quelles
traces ? La trace de faits dont il n’y a pas lieu de faire
l’apologie, dont il n’y a pas lieu de tirer quelque gloire ou
profit que ce soit.
« Je vais mourir ».
Comment l’exécution d’un tout jeune homme
de 17 ans et demi choisi comme otage en temps de guerre
pourrait-elle trouver le terreau d’une quelconque valeur
universelle à partager entre toutes les personnes humaines ?
Comment une tragédie pourrait-elle devenir un exemple pour toute
une jeunesse ?
« Je vais mourir » !
Cette lettre est en effet profondément
tragique.
Guy Môquet n’est pas seulement le fils de
ses parents. Il est aussi l’enfant d’un pays qui s’appelle la
France, un pays qui est aussi le mien, qui est aussi le vôtre
peut-être, un pays de la terre membre fondateur des
Nations-Unies à la sortie de la seconde guerre mondiale, un pays
où la majorité à l’époque des faits en 1941 était fixée à l’âge
de 21 ans.
Ce pays, la mère – patrie, avait le
devoir, l’obligation morale de protéger Guy Môquet, de protéger
un enfant mineur. Et il ne l’a pas fait !
« Je vais mourir » !
Sa lettre s’adresse intimement,
simplement, naturellement à sa mère à qui il demande d’être
courageuse devant l’adversité, courageuse devant la « loi des
pères entre eux ».
« Sache que j'ai fait de mon
mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée ».
Elle s’adresse à son père, cheminot et
député communiste engagé, arrêté en 1939 puis déporté au bagne
de Maison Carrée en Algérie par la police de la république
française. Elle s’adresse à un père auquel il veut ressembler
par ses engagements, un père pour lequel il affirme un devoir de
fidélité, pour qui il ressent une fierté légitime, un père dont
il choisit de continuer le combat en embrassant la cause
ouvrière. Pour gérer le choc émotionnel engendré dans sa famille
par l’arrestation de ce père, il choisit d’abandonner ses
études, mais il n’est encore qu’un adolescent fragilisé par un
système cynique sur lequel il n’a aucune prise, un système qui
va le broyer et l’éliminer.
Sa lettre s’adresse à son petit frère pour
lequel il forme un vœu :
« Qu'il étudie bien pour être
plus tard un homme. »
Guy
Môquet a compris que seules
l’éducation et la possibilité de réfléchir sur le monde par
l’étude pouvaient apporter à un être humain les bases
nécessaires, les acquisitions culturelles, et les ressources
pour devenir un adulte libre et responsable, « un homme ».
Il ne dit pas « qu’il serve notre
cause, celle de notre père et la mienne, nous qui avons été
torturés à cause de nos convictions profondes et sociales par un
ennemi issu de notre propre société et qui se nomme la lutte des
classes sociales entre elles. »
« Je vais mourir » !
Guy Môquet ne porte aucun jugement sur les
circonstances qui l’ont conduit à être sacrifié à la raison
d’état. Il n’en parle pas sinon dans cette brève allusion aux
études qui peuvent construire un homme capable de penser et
d’agir avec justesse pour l’apprentissage, le développement et
le rayonnement de valeurs communes et bénéfiques à tous. On
pourrait presque entendre « Travaille bien à l’école pour ne pas
subir le même sort que moi. »
Sa lettre ne s’adresse nullement à cet
état nation dont il est le fils, état qui l’a trahi en le
choisissant comme otage, en le faisant condamner à être exécuté
par l’occupant allemand déterminé à combattre toute résistance,
tout acte terroriste, par la pratique de prise d’otages et par
leur exécution sommaire.
Il n’a pas le droit d’écrire « je vais
injustement mourir ».
Tout lui interdit de dire « ma mort est
une décision politique qui sert le vil besoin de violence
dissuasive, les injustices et les inégalités. »
Non ! Il n’a pas le droit d’écrire cela.
Avant d’être remise aux siens, sa lettre ultime sera
certainement lue par ceux-là même qui l’ont condamné à la
sentence de mort. L’écrire serait condamner une famille toute
entière avec lui.
Cette tragédie humaine se joue en effet
entre une famille et la société d’inégalités, d’injustices, de
terreur dans laquelle elle vit, la France de 1941.
Mais Guy Môquet n’évoque pas cet
environnement chaotique, glauque, sordide et fatal.
Il accepte la sanction qui lui a été
infligée.
Il paye de sa vie et dans l’acceptation du
sacrifice, comme une victime, la fidélité à des convictions
personnelles, la fidélité au modèle paternel dont il a hérité,
la fidélité à la cause de ce père député communiste, lui-même
condamné à la déportation pour la cause ouvrière internationale
qu’il a défendue.
Et cependant, il écrit :
"Je vais mourir ! … Certes,
j'aurais voulu vivre. »
Terrible contradiction, terrible
prise de conscience !
Toute mort, si injuste et intolérable
soit-elle, punition barbare pour l’exemple, satisfaction morbide
de l’esprit de vengeance, force l’esprit à chercher une raison
d’être pour trouver un sens afin d’adoucir les blessures de
l’âme.
« Mais ce que je souhaite de
tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. »
Est-ce possible ?
Comment justifier en effet le sens et
l’effusion de la barbarie ? Lorsqu’on a pris le temps de
considérer les hommes, d’étudier le fonctionnement des relations
humaines, d’étudier l’âme des peuples des nations du grand
puzzle de la terre, comment trouver une quelconque portée de
valeur universelle à l’expression de la barbarie ?
Lorsqu’on a pris le temps de comprendre
que tout héros – sauveur implique l’existence d’une victime et
de ses bourreaux, pourquoi vouloir faire encore germer dans
l’esprit les graines de la barbarie, pourquoi chercher à
entretenir la désespérance des victimes ?
Guy Môquet ne parle pas de pardon pour ses
bourreaux.
Comme un enfant, il regrette d’avoir fait
de la peine à ses parents. Il ne parle que d’amour pour les
siens. Il sait que seul l’amour, le vrai, peut guérir et
réengendrer de la vie, semer des graines d’espoir.
Guy Môquet est un martyr, le « héros
malgré lui » d’une tragédie intolérable pour celle et pour
celui, pour nous qui avons choisi de servir la dignité de la
personne humaine et de mettre cette dignité au sommet des
valeurs universelles pour lutter contre la misère
intellectuelle, contre les perversions de l’esprit.
Guy Môquet écrit sa lettre d’adieu à ceux
qui auront du chagrin, ceux qu’ils respectent, qui l’ont aimé et
qu’il aime pour toutes les valeurs qu’ils lui ont inculquées
depuis sa naissance, pendant son enfance et son adolescence,
valeurs qu’il n’a pas contestées dans une révolte juvénile
stérile, mais qu’il a servies en s’engageant dans une cause
adoptée plutôt mille fois qu’une et à bras le cœur lorsqu’il a
été privé de la présence, du soutien et de l’amour de son père
déporté en Algérie par la police de la république française… le
prix à payer pour des engagements, des convictions personnelles
qui dérangeaient l’ordre établi et le pouvoir politique en place
dans cette période trouble de l’histoire de France.
Dans de telles circonstances, cette lettre
est donc plus qu’émouvante puisqu’elle est à la fois une lettre
d’amour à sa famille et une lettre qui consent au sacrifice de
soi, forcément émouvante, tragiquement émouvante, terriblement
émouvante pour ces deux raisons qui n’ont apparemment rien en
commun. Et pourtant !
Ma question aujourd’hui est la suivante :
est-ce que l’émotion suscitée par la lecture d’une telle lettre
est de nature à changer le cœur de l’être humain ?
Est-ce que l’amour est de nature à changer
le cœur de l’être humain ?
Est-ce que le sacrifice de soi est de
nature à changer le cœur de l’être humain ?
Est-ce que l’amour peut avoir le visage du
sacrifice de soi ?
Dans notre héritage de culture
judéo-chrétienne, hélas, trois fois hélas ! Oui! Dans cet
héritage où la création du bourreau permet de sacrifier la
victime au nom de l’amour sauveur ! Hélas, trois fois hélas !
Oui!
Mon point de vue est que l’émotion est
d’une parfaite inconséquence, qu’elle peut servir toutes les
causes, celle du bourreau, celle du sauveur, celle de la
victime.
Laquelle choisir ?
Mon point de vue, c’est que l’émotion peut
être facilement manipulée et utilisée comme tout produit de
consommation courante, comme toute énergie humaine, pour le
meilleur comme pour le pire.
Les publicitaires d’ailleurs choisissent
délibérément de jouer avec l’émotion pour établir la puissance
économique de leurs clients sur le marché. Nos femmes et hommes
politiques n’échappent pas à la « culture de part de marché »
dans laquelle nous sommes plongés.
Il n’est pas nouveau que les pouvoirs,
financiers, économiques, politiques, médiatiques, séparés ou
dangereusement associés, servent à la grande masse des individus
que nous sommes une potion culturelle faite de mélanges
d’enjeux, de jeux, de souffrances, de sang, de sueurs, de
bourreaux, de victimes, de sauveurs, de vainqueurs, d’exclus…
voir les émissions de téléréalité qui fleurissent actuellement
et qui s’octroient de si belles parts de marché.
Les pouvoirs établis, à établir ou à
consolider n’ont jamais proposé une profonde culture de la
réflexion sur les vrais enjeux de la survie de l’humanité, les
drames de la guerre, les drames de la violence.
Pourquoi remuer de sinistres souvenirs
avec la lecture de cette lettre? Si l’histoire construisait la
dignité de la personne humaine, chacun de nous aurait gagné
depuis longtemps le droit de ne pas être exécuté, le droit de ne
pas devenir une victime, un bourreau ou un sauveur.
Chacun de nous aurait simplement le droit
d’être en vie et d’établir avec les autres des relations basées
sur la confiance et sur l’estime.
L’histoire est construite par les
mentalités humaines. Lorsque celles-ci sont guerrières, elles ne
construisent qu’une histoire sacrilège.
La nature humaine est culturellement
conditionnée depuis des siècles et des siècles à une auto –
soumission au tragique par l’acceptation de la désignation de
soi et de l’autre comme élément sacrificiel potentiel. Et
les mentalités sont éduquées et contrôlées pour ne s’indigner de
rien.
Il en résulte le développement passif de
charges émotionnelles négatives et mortifères, morbides qui,
savamment récupérées, ont comme fonction de consolider le lien
qui unit un groupe en provoquant un réflexe communautaire face à
l’adversité et une culture de l’adversaire, d’un ennemi à
désigner, voir à créer de toute pièce.
La manipulation de l’émotion est donc
dangereuse.
La seule question éthique est : comment
transforme t’on l’énergie de l’émotion suscitée ?
Au final, le libre arbitre de chacun reste
le seul juge en choisissant de poser à leur juste place des
limites acceptables, en s’octroyant le choix de consommer ou de
ne pas consommer, d’accepter ou de refuser.
Surgit alors la question des limites
acceptables. Quelles sont-elles ? Où les placer ?
Lorsque Guy Môquet parle à sa mère, on
ressent l’immense affection d’un fils envers celle qui l’a mis
au monde, accompagné dans l’enfance, fait grandir dans la
tendresse et l’amour, amour d’un fils envers celle qui est la
« gardienne du foyer » et de son intégrité, de sa cohérence au
sens premier de la construction familiale, de plus en ce cas
précis la seule gardienne de la cohérence familiale puisque le
père est absent et éloigné, déporté en Algérie.
Il commence sa lettre en s’adressant
d’abord à elle.
Quatre fois, il l’appelle « petite maman
chérie » « maman ».
Comme s’il voulait par l’expression d’une
tendresse infinie réparer le chagrin et la consoler de l’immense
tristesse qu’elle va devoir supporter au-dedans d’elle-même
pendant toute une vie, déchirée et rongée par une culpabilité
intime mais interdite car sujet d’expression tabou, culpabilité
née de n’avoir pas eu le pouvoir et les moyens personnels de
changer le cours de la terrifiante destinée de son fils.
Quelles sont nos émotions intimes ? Quels
sont nos sentiments intérieurs, à nous les mères qui avons subi
et subissons encore tant de violence sur nos enfants sans moyen
de protestation, qui assistons démunies au terrible spectacle
des luttes fratricides ?
Qui appellent à leur aide et à leur
chevet, à leur ultime secours, tous les « héros » blessés à
mort, détruits physiquement, intellectuellement, affectivement,
socialement et spirituellement sur les champs de bataille, dans
les guerres atroces où s’exprime avec le droit de tuer et
d’assassiner tout ce qu’il y a de plus vil et odieux en l’être
humain ?
Quel mot prononcent-ils avec leur dernier
souffle ?
Posons la question aux survivants des
guerres de 14-18. Il en reste encore un ou deux.
Posons la question aux survivants de la
guerre 39-45, de la guerre d’Indochine, de la guerre d’Algérie,
de la guerre d’Irak, de toutes les guerres qui fleurissent sur
l’immense marché occulte des désastres et des armes sur toute
notre planète.
La réponse est toujours la même :
« Maman ! »
Au moment de mourir, achevés sans
scrupules, les mourants appellent leur mère, comme si elle seule
avait eu le pouvoir de les sauver de cette épreuve
insupportable, comme si celle qui les avait accouché à la vie,
étrangère au sacrifice consommé, était la seule à pouvoir les
accompagner dans une mort atroce. Elle seule à pouvoir les
prendre, meurtris et faibles, dans ses bras à cet instant-là,
pour accomplir à nouveau le miracle de la guérison et de la vie,
alors que la culture des frères, des hommes entre eux, interdit
cette effusion de larmes et de gestes affectifs, doux et
tendres, interdit la compassion.
Les pouvoirs qui remettent les médailles
vont répondre « mais les guerres fabriquent aussi des héros ! Et
nous avons besoin de héros ! »
Nous fabriquons des héros, mais à quel
prix ? Au prix du sang, de la culture sanguinaire et barbare
dont nous avons hérité des générations précédentes et que nous
avons tacitement acceptée, faute de comprendre les mécanismes de
la culture et des lois de la guerre, faute de vouloir la
remettre en question, faute de vouloir réfléchir au sens de la
vie.
Oui ! Il faut bien adoucir par des
médailles et le goût de l’honneur, la culture des honneurs,
l’horreur et la rendre acceptable. Là est la perversion réelle :
rendre acceptable ce qui en vérité est inacceptable au nom de la
déclaration des droits de la personne humaine, de l’homme et du
citoyen !
La guerre est une violation du droit à la
vie ! Aucune médaille, aucun titre de gloire, aucun honneur n’a
jamais rendu un fils à sa mère.
Cette culture-là, nous avons le devoir de
la remettre entièrement en question pour la survie de nos
enfants, le respect de leur droit à ne pas être tués, assassinés
par le cynisme, la haine ou la perversion
Et que dire de cette mort que nous propose
l’impitoyable culture de la guerre ?
Une mort d’une violence inouïe, cruelle,
qui assassine toute émotion créatrice, interdit tout sentiment
profond venu du coeur, mais hélas jouissive pour l’esprit et
l’émotion destructive qu’elle secrète en anéantissant le corps
de l’homme !
Et il ne faudrait éprouver aucun repentir,
aucune repentance pour s’engager enfin dans la voie de la
réconciliation ? Et il ne faudrait avoir aucun pardon à
accorder, à demander, à engendrer pour engager la révolution de
nos mentalités, n’avoir aucune considération pour les victimes
d’actes de barbarie ? Et il faudrait continuer indéfiniment à
fonctionner sur la culpabilité au lieu d’engager notre
responsabilité ?
Cela me fait soudain penser à l’histoire
d’un mort cruxifié devenu célèbre.
Née en Bretagne, je me sers des références
chrétiennes qui ont structuré et jalonné mon enfance.
Aussi, je prie ceux qui sont d’une culture
différente de m’en excuser, mais surtout au-delà de l’histoire
rapportée et des noms cités, je les remercie infiniment d’en
percevoir spirituellement les symboles et la teneur du propos
que je souhaite universel.
Si j’étais née ailleurs, je parlerai sans
doute d’un autre « héros » dont l’histoire nous est parvenue,
contée ou rapportée à travers les siècles en façonnant nos
mentalités.
Au moment de mourir trahi par ses frères,
Jésus de Nazareth prononce ces mots terribles « mon père, mon
père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Où est le père tout-puissant
pendant que son fils meurt ?
Cette absence vécue comme un abandon prend
elle-même un sens terrifiant.
Le père a abandonné concrètement et
spirituellement son enfant aux mains avides de sang et de
vengeance de ses bourreaux.
Ses bourreaux, ce sont tous les hommes,
dénonciateurs, traîtres, lâches, justiciers, vengeurs,
arrogants, laveurs d’honneur bafoué, meurtriers, assassins,
collaborateurs, cyniques, dominateurs… tous les visages de la
perversion, du cynisme et de la haine qui ont mis Jésus sur la
croix.
Où est le père tout-puissant ?
Le père s’est absenté du cœur même du
drame pour qu’il puisse se dérouler selon la loi programmée dans
l’esprit guerrier, comme s’il cautionnait par cette absence la
sentence des bourreaux et comme s’il la justifiait pour que son
fils puisse devenir un héros sauveur… Comme s’il fallait pour la
construction des mentalités guerrières que l’accomplissement
d’un homme passe par l’initiation au rituel du sacrifice de soi.
Comme si l’amour et la reconnaissance des
pères ne pouvaient être acquises qu’après le passage obligé de
la confrontation au sacrifice.
L’absence du père, concrète et spirituelle
toute à la fois, l’absence de compassion du père,
expliquerait-elle la culture de la guerre, son acceptation
fatale dans l’esprit des êtres humains et son héritage culturel
ancestral qui perdure ?
A ce point de ma lettre, je me sens
obligée d’évoquer le sacrifice des enfants soldats et des
enfants bombes, ceux qui endoctrinés aveuglément se détruisent
en détruisant avec eux leur ennemi désigné. Et je pense que
l’humanité d’aujourd’hui devrait se poser intimement cette
question : pourquoi avons-nous collectivement produit une telle
monstruosité ? Pourquoi notre culture est-elle celle de la
cruauté, de l’amour du sacrifice, de l’amour sacrifié ?
Pourquoi est-elle celle de l’horreur ?
Pourquoi n’est-elle pas celle de l’amour de la beauté ?
Jésus le sacrifié n’avait pas besoin
d’appeler sa mère car elle était là, présente au pied de la
croix du supplice, présente dans le silence de sa douleur, une
présence concrète et spirituelle tout à la fois,
compassionnelle, sans possibilité d’intervenir dans le
déroulement du drame.
Elle ne protestait pas, elle supportait la
scène, spectatrice passive de la tragédie. En ce temps-là, les
femmes de Galilée étaient assujetties à un rôle de discrétion,
on ne leur demandait pas leur avis. Elles étaient soumises à la
tutelle des maris, soumises aux lois des patriarches.
Très peu de mères abandonnent
spirituellement leurs enfants. Elles sont là en grande majorité,
témoins des drames, victimes elles-mêmes de l’expression de tant
de violence, silencieuses, immobiles, traumatisées, atterrées,
confondues devant la souffrance et ne recueillent dans leurs
bras que les blessures secrètes d’humanité et les corps
traumatisés épuisés de misère.
Pourquoi notre culture est-elle celle
de l’amour du sacrifice, de l’amour sacrifié ? Pourquoi
n’est-elle pas celle de l’amour de la beauté ?
Devrions-nous encore nous taire et
accepter passivement l’horreur, la cruauté, quand nous savons
créer de la beauté, quand nous savons que le devenir de
l’humanité dépendra de sa capacité à mettre son énergie au
service de la beauté et de sa volonté de l’incarner en lui
donnant des visages et des scènes pour se représenter ?
Toutes les guerres se préparent et sont
exécutées au nom de l’esprit du pillage et de la destruction, de
la domination, jamais au nom de la Création.
Tous les sacrifices humains ne prouvent à
l’humanité que son manque d’amour pour elle-même, que son
insatiable besoin de prédation et de profit, sa boulimie de
consommation et d’épuisement des ressources y compris humaines,
son arrogance.
Je le répète, pourquoi notre culture
est-elle celle de l’amour du sacrifice, de l’amour sacrifié ?
Pourquoi n’est-elle pas celle de l’amour de la beauté ?
Nous sommes en 2007, confrontés
quotidiennement à la violence et les médias se plaisent à en
être les messagers.
Face à cette situation de mépris pour la
nature humaine et pour les progrès qu’elle est potentiellement
capable de faire pour elle-même, nous les mères et les femmes
conscientes osons enfin prendre la parole et nous avons décidé
ici et là d’agir.
Les mères courageuses se réveillent de
leur stupeur, elles revendiquent leur liberté de penser et
d’expression, leur liberté de voir autrement, elles dénoncent
enfin les crimes commis sur leurs enfants, les atteintes
fondamentales à leurs droits.
Voyez les mères de la Place de Mai à
Buenos Aires en Argentine. Elles demandent des comptes sur la
disparition de leurs enfants depuis 1976 !
Voyez les « femmes en noir » qui, depuis
Jérusalem Ouest en 1988, organisent des manifestations
silencieuses partout dans le monde, de Tel Aviv à Londres, de
Haifa à Sydney, d'Amsterdam à Rome, de Belgrade à New York.
Voyez les mères de Tchétchénie
Voyez les femmes qui ont constitué un
Réseau Mondial de Solidarité des mères, épouses, sœurs, filles,
proches de personnes disparues
Les femmes agissent pour changer les
mentalités. Elles savent intérieurement qu’elles doivent faire
bouger les choses et l’ordre établi en rétablissant des
équilibres perdus ou jamais acquis dans des sociétés où le
sacrifice de soi est fondateur de la souffrance, où le sacrifice
de soi est accepté et récompensé pour maintenir l’autoritarisme
symbolique et tout-puissant du patriarche impitoyable,
invisible, absent (craignez-le !) et sur l’exemplarité, donnant
le référent de la soumission et de l’exemple à perpétuer.
Est-ce un courage d’accepter sans mot
dire, sans maudire, la perte d’un fils dans d’épouvantables
conditions ?
Non, ce n’est pas acceptable. La perte
d’un enfant est une désolation, une perdition, une abomination
des réalités sordides de l’histoire dramatique que les guerriers
se plaisent à reproduire et à laquelle les mères, les femmes
sont soumises, qu’elles supportent, femmes d’Irak, d’Iran, de
Palestine, d’Israël, du Darfour, femmes d’ici et d’ailleurs, et
la liste est si longue…
Car il s’agit bien de pouvoir accepter de
supporter cela, au sens où l’on n’est pas acteurs mais
spectateurs, comme on supporterait une équipe de football ou de
rugby contre une autre, souhaitant la défaite de l’une et la
victoire de l’autre.
Aucune mère ne peut au fond de son cœur se
résoudre à supporter cela, à accepter définitivement cela. Dans
la culture de la paix, chacun doit apprendre à placer sa pensée
au-delà des partis pris.
L’éducation des femmes est en marche.
Partout dans le monde, elles réfléchissent et prennent
conscience de leurs droits et de leurs différences.
Quelle richesse et quel enrichissement
pour l’humanité !
Elles savent qu’il y a un autre chemin
pour construire les relations sociales et engendrer la survie
avec la santé de la planète et le vrai progrès pour tous : le
chemin de la paix qui passe par la pacification, la guérison des
blessures secrètes et par l’éducation de tous.
Elles savent qu’il y a un immense travail
à accomplir en ce sens dans tous les pays. Elles oeuvrent.
Combien la mère de Guy Môquet a t’elle
versé de larmes et comment a-t-elle pu faire le deuil de cette
tragédie ?
Remplie d’attention pour sa famille, la
lettre de son fils est pathétique par l’expression de ses
non-dits, par les lignes laissées en blanc, par le besoin
d’affirmer une dignité de condamné et de trouver une auto -
justification à une mort injuste.
Comment la dignité et la justice de
l’homme peuvent-elle s’accommoder de telles pratiques, prise
d’otages choisis arbitrairement ou pire, délibérément, par le
gouvernement français pour être désignés, remis à l’occupant et
exécutés pour l’exemple ?
Il n’y a là aucune équité, aucun message
vivant à transmettre, juste de la désespérance, tant il est
évident qu’une exécution pour l’exemple, fait de violence
gratuite, n’engendre que de la violence et ne peut révéler aucun
autre sens que celui de la culture de la violence pour la
violence. La France a aboli la peine de mort depuis plus de
vingt ans.
« … en vous embrassant de tout mon cœur
d’enfant »
Enfin, la lettre de Guy Môquet est nourrie
par la reconnaissance du cœur, la fraternité et la solidarité.
On y ressent l’unité qui régnait au sein de sa famille pour se
serrer les coudes et la ceinture… le besoin de faire face et
front ensemble devant l’adversité.
Cette lettre en devient d’autant plus
tragique que le cœur d’un enfant n’a rien à voir avec la culture
de la guerre.
Dans le cœur ne peut se créer, se
nourrir et s’entretenir qu’une seule culture, celle de la paix.
La culture de la guerre bien au contraire
est une pure production de l’esprit des hommes et les hommes
courageux et lucides qui ont écrit le texte de la Constitution
de l’Unesco l’ont bien souligné : « Les guerres prenant
naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des
hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».
Et j’ajouterai cette pensée personnelle de
femme en mouvement, de femme qui danse la vie, qui danse la
paix :
« C’est dans le corps élevé et révélé
guerrier que se sont déclarées et ancrées les violences et les
barbaries, c’est dans le corps élevé et révélé pacifié que se
révèleront et se libéreront les gestes et les actes de culture
de la paix, que réside l’art de créer avec la vie pour la
paix. »
Les guerres germent dans des esprits malades et elle sont
entretenues et nourries par la maladie de l’esprit quand il est
devenu stérile, quand il est coupé de toute réflexion et vision
universelle, de toute notion de solidarité, de dignité et de
respect, et quand il est manipulé par des émotions aux forces
contraires et adverses.
Quand l’esprit sera libéré de ses pulsions
guerrières et éduqué à la paix, quand l’émotion suscitée sera
révélatrice et créatrice de la beauté, il deviendra impossible à
la personne humaine de penser, de fabriquer, d’expérimenter les
armes pour tuer, qu’elles soient mots agressifs, gestes
violents, actes et images de barbarie.
La personne humaine aura pris enfin
conscience de sa dignité et saura l’exprimer.
Et la culture de la guerre apparaîtra
comme l’expression dépassée d’un comportement archaïque,
l’expression de la « non – civilisation ».
Il n’existe pas de guerre civilisatrice !
La vraie civilisation, c’est l’éducation à la culture de la
paix.
Quand on reconnaît les siens par le cœur,
quand on a la capacité d’être reconnu, de reconnaître et
d’accepter l’autre dans la cordialité du vivant, c’est à dire
dans ce qui est relié par cet organe essentiel qui bat au rythme
de la vie, le cœur de vie où s’exprime et se perpétue le
mouvement vibratoire du souffle de l’être, on est alors
incapable de refuser à un autre le droit de vivre, le droit de
continuer à être dans le grand mouvement universel de
l’expérience existentielle, on ne peut plus porter atteinte à
son intégrité.
Le faire, serait se porter atteinte à
soi-même.
A ce point du développement de l’esprit,
la guerre devient une barbarie, le sacrifice de soi une erreur
d’attitude et de comportement, l’amour du sacrifice de soi et du
sacrifice de l’autre une perversion mentale, une ignominie
intellectuelle.
A ce point de développement spirituel,
l’amour de la beauté engendre la joie d’inventer la paix avec
créativité.
Nous, femmes et mères, hommes et pères de
bonne volonté, voulons éduquer et élever nos enfants non dans le
sacrifice de soi, la frustration de soi jusqu’au renoncement
ultime, mais en œuvrant de toutes nos forces vives pour
développer l’estime de soi, la confiance en soi, la tolérance et
la capacité de dialogue avec l’autre, l’amour de la beauté, de
la vie.
Le sacrifice, c’est le défi au sacré !
Aucun dieu n’a jamais réclamé le sacrifice
de ses enfants pour qu’ils obtiennent des privilèges, des grâces
ou une bonne fortune.
Dans toutes les croyances, des hommes
appellent des hommes à se relier aux dieux, à Dieu comme à leur
part d’invisibilité, de création dans ce qu’elle porte
d’extraordinaire, de providence et de richesse spirituelle, dans
ce qu’elle engendre d’amour, de supplément d’âme.
Ce sont les croyances populaires fondées
sur la peur de l’autre, le besoin de domination, et le refus
d’incarner, de respecter et de reconnaître la création toute
entière dans ce qu’elle a d’extraordinaire, d’exceptionnel, de
réalités insoupçonnées, mystérieuses, impalpables, inimaginables
qui ont opposé les hommes, les fratries, les clans, et qui les
ont dressés les uns contre les autres.
Devant la création et sa magnificence,
nous, les femmes et les hommes du XXI ème siècle, avons le
devoir d’unir nos efforts pour la sublimer et la régénérer et
non pour la posséder abusivement, la soumettre et la consommer
outrancièrement pour la détruire définitivement. Nous voulons
vivre ! Nous ne voulons pas mourir tragiquement !
La Création dont nous sommes des fruits
n’a que faire de la concurrence des hommes limités à
l’engendrement d’une pulsion et d’une puissance stérile qui a
comme mission l’extermination partielle ou définitive du genre
humain.
La Création et la vie, notre survie, ont
besoin de notre intelligence de cœur et de la vivacité de notre
esprit, de notre bonne santé physique, mentale, morale, éthique,
affective, économique, spirituelle pour être servies, enrichies
et embellies par nous-mêmes.
C’est pourquoi j’écris ce texte, pour
apporter ma réflexion, mon point de vue et ma participation à la
réalisation des objectifs ayant présidé à la création des
Nations-Unies, pour que la Culture de la Paix dont je me porte
ici messagère pour l’Unesco devienne à l’évidence la seule voie
de co-création à suivre :
- pour que chacun dans le cadre de la
décennie d’éducation à la paix au profit des enfants du monde se
sente personnellement responsable de la création du « plus
jamais cela »,
- pour que les peuples des nations
imposent à leurs gouvernements la voie du « plus jamais cela »,
- pour que nos chefs d’état y soient
sensibilisés et qu’ils engagent leur responsabilité dans la voie
du juste progrès.
Car la vision et l’espérance portées par
la culture de la paix sont les seuls choix capables d’exprimer
notre richesse d’être humain, notre dignité et notre vraie
liberté, notre élan vers le devenir.
Le Président de la République française,
en choisissant de faire de la lettre de Guy Môquet un objet de
culture nationale, me donne l’occasion et l’obligation de dire
ce que je pense et ce que je ressens au plus profond de mon
être, et d’en témoigner par l’écrit.
Pour terminer mon propos, je reviens
encore une fois avec insistance sur les derniers mots de la
lettre de Guy Môquet.
« Je vous embrasse de tout mon cœur
d’enfant »
Qui peut contester que c’est bien un
enfant que l’on a conduit au poteau d’exécution, un enfant de 17
ans et demi, un enfant mineur ?
La lecture d’une telle lettre n’a pas
vocation à servir l’expression du pathos exaspéré de nos
dirigeants politiques dans le rôle des héros – sauveurs,
préférant faire l’apologie de l’héroïsme guerrier plutôt que de
se pencher sur les vraies sources et racines de la violence qui
envahit nos cités, nos écoles et nos familles.
Non, cette lettre et ce drame n’ont pas
cette vocation.
Nous réclamons de nos dirigeants
politiques la loyauté intellectuelle.
Nous n’admettons pas qu’ils récupèrent
l’énergie éparse d’une jeunesse sans repère (sans le retour du
père !) pour la conditionner dans le culte du héros sacrifié.
Eclairés par nous, les artisans de paix,
nous souhaitons qu’ils entendent nos voix et proposent des
réponses modernes et projectives, qu’ils nous permettent de
mettre en oeuvre la culture qui révolutionne nos mentalités, la
culture de la paix semée à travers le monde depuis plus de 20
ans, en nous apportant aide et soutien, moyens et visibilité.
Ainsi ils apporteront une énergie utile et
une volonté nécessaire pour servir la personne humaine,
l’éducation des enfants et des jeunes à la paix, la prise de
conscience des droits et des devoirs, pour respecter et embellir
la vie.
Plutôt que de servir l’argent nerf de la
guerre, que l’on nous donne, à nous, artistes et artisans de
paix dans le monde, les moyens de mettre en avant, en élan et en
actes nos ambitions d’humanité.
C’est pourquoi en préambule de ce choix de
société que j’espère de toutes mes forces créatives, je
souhaiterai que soit complétée la charte des droits de l’enfant
et qu’y soit inscrit un nouveau droit.
Je cite :
« Considérant que l'enfant, en raison
de son manque de maturité physique et intellectuelle, a besoin
d'une protection spéciale et de soins spéciaux, notamment d'une
protection juridique appropriée, avant comme après la naissance,
Considérant que la nécessité de cette
protection spéciale a été énoncée dans la Déclaration de
Genève de 1924 sur les droits de l'enfant et reconnue dans
la Déclaration universelle des droits de l'homme ainsi que dans
les statuts des institutions spécialisées et des organisations
internationales qui se consacrent au bien-être de l'enfance,
Considérant que l'humanité se doit de
donner à l'enfant le meilleur d'elle-même,
L'Assemblée générale Proclame la
présente Déclaration des droits de l'enfant afin qu'il ait une
enfance heureuse et bénéficie, dans son intérêt comme dans
l'intérêt de la société, des droits et libertés qui y sont
énoncés; elle invite les parents, les hommes et les
femmes à titre individuel, ainsi que les organisations
bénévoles, les autorités locales et les gouvernements
nationaux a reconnaître ces droits et à s'efforcer d'en assurer
le respect au moyen de mesures législatives et autres
adoptées progressivement en application des principes suivants :
Suivent 10 articles auxquels je propose
comme contribution personnelle et responsable d’ajouter
celui-ci :
« Chaque enfant a le droit fondamental
de vivre dignement, sans que quiconque ou quoi que soit puisse
porter atteinte à son intégrité physique et spirituelle, et ce
droit commence par le droit de ne pas être exécuté, tué,
assassiné par fait et cause de guerres et de violences quelles
qu’elles soient.
Les adultes, groupes humains, sociétés
et gouvernements qui ont en charge son éducation et qui sont
chargés d’établir les lois qui président au juste et bon
fonctionnement des relations humaines, tous ces responsables
ont le devoir de prévenir les guerres par le développement de la
culture de la paix afin de protéger chaque enfant des
traumatismes et des conséquences de toutes les sortes de
violences.»
La France est l’un des 50 pays
membres fondateurs des Nations-Unies le 26 Juin 1945 et elle est
l’un des 5 pays membres permanents du conseil de sécurité avec
droit de veto.
A ce titre elle a un rôle
exemplaire à jouer dans le concert des Nations et dans le monde.
C’est à cette France-là que
j’adhère, cette France-là que je connais, à laquelle mes
ancêtres ont donné sueurs, peines, eau et sang.
Citoyenne du monde, c’est le grand
mouvement des peuples des Nations Unies que je comprends,
peuples qui ont suffisamment versé de larmes, de sueurs, de
peines, d’eau et de sang.
En tant que femme, en tant que
mère, en tant que personne morale et physique, je ne puis plus
tolérer la pérennité de toutes les souffrances indignes et leur
reproduction systématique de générations en générations
Ce n’est pas la lettre de Guy
Môquet
qui devrait être lue dans les écoles, les lycées, les collèges
de France, ou récitée par une équipe de rugby en transe.
C’est la Déclaration Universelle
des Droits de la personne humaine (de l’homme et de la
femme), la Déclaration Universelle des Droits de l’enfant,
qui doivent devenir des textes de référence pour que chacun ait
une haute opinion de sa dignité, de ses devoirs et de ses
droits, et pour que ces droits enfin connus de tous ne soient
plus jamais bafoués, qu’aucun enfant ne soit plus armé, qu’aucun
enfant ne soit plus sacrifié.
Et si les droits de l’enfant Guy
Môquet
avaient été respectés, il n’aurait jamais été exécuté.
Bien cordialement, avec mes très
chaleureux sentiments de paix et de sérénité.
Marie Robert, artiste et auteure, ce 21
Septembre 2007
Journée internationale de la Paix
décrétée par les Nations-Unies
Note
d’auteur:
Conformément à la loi sur la propriété intellectuelle et
artistique, ce texte ne peut être reproduit sans autorisation au
préalable de l’auteur. Après obtention du droit de copie et de
reproduction, la mention suivante doit apparaître :
© Marie Robert,
artiste nommée messagère de la paix à l’Unesco en l’an 2000 –
texte écrit en septembre 2007 – dépôt SACD
*m'écrire
*retour tête de page
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TEXTE 3/3
Lettre au Président de la république française, Nicolas Sarkozy
Et, pour information, à tous les chefs
d’état des pays membres des Nations-Unies
M. le Président de la république
française,
Vous avez pris la décision d’instituer
une journée nationale « symbolique » le 22 Octobre,
d’instrumentaliser la lettre de Guy Môquet en imposant sa
lecture dans les lycées aux jeunes adolescents. A ma
connaissance, cette manifestation est programmée depuis l’Elysée
sans concertation d’un conseil supérieur d’éthique et sans
l’avis des associations qui oeuvrent pour la paix.
.
Je remarque avec affliction que cette date
commémore une exécution capitale, qui plus est celle d’un
enfant le 22 Octobre 1941, un enfant mineur que mon pays,
la France, n’a pas su protéger alors qu’elle en avait le devoir
puisqu’il n’avait que 17 ans et demi et que la majorité légale
était alors fixée à l’âge de 21 ans.
Les états fondateurs de la Société des
Nations connaissaient la Déclaration sur les droits de l’enfant
rédigée et adoptée à Genève en 1924. La France était l’un de ces
états signataires.
Je vous adresse personnellement
cette lettre pour attirer votre attention sur un certain nombre
de valeurs humaines tant personnelles que collectives,
d’observations et de principes auxquels je désire que mon
pays natal, la France, et ses élus soient particulièrement
attentifs.
En effet :
* La France est l’un des pays membres
fondateurs de l’Organisation des Nations-Unies.
* Elle siège comme membre permanent au
conseil de sécurité de l’ONU.
* La commission de la république française
auprès de l’Unesco m’a nommée en l’an 2000 messagère de culture
de la paix.
* A ce titre, je porte la responsabilité
d’informer sur cette culture qu’il me tient à cœur de semer,
d’enrichir par des actes et des gestes symboliques, de
promouvoir et de voir rayonner largement dans les esprits.
* En tant que femme moderne et
responsable, consciente de la diversité culturelle et des
valeurs universelles à servir, je tiens à affirmer et à
manifester mon point de vue lorsque j’estime qu’il est utile et
nécessaire sur le plan éducatif et social parce que profondément
différent.
Citoyenne de la France dans le monde, je
suis nourrie et habitée par l’amour de la Terre, de la beauté et
l’éducation à la paix est profondément enracinée dans ma pensée
et dans mes actes.
Avec beaucoup d’autres femmes et d’hommes
de ce pays et de la planète, j’ai embrassé un devoir de
conscience, celui de construire l’avenir de l’humanité dans
le respect de la Déclaration Universelle des droits de la
personne humaine et le respect de la Terre qui nous supporte
et nous permet de survivre.
Dans un cadre social de réelle démocratie,
quand parité et équité seront respectées sans résistance
misogyne, l’égalité des chances de réussite deviendra effective
pour tous si elle est fondée sur l’éducation et sur la mise à
disposition des outils et moyens nécessaires à l’affirmation de
cette réussite.
C’est vers cet objectif que tendent les
actions, réflexions, interventions et recommandations de
l’Unesco pour apporter des réponses concrètes, matérielles et
spirituelles, aux grands problèmes de la violence et de la
misère, aux grands problèmes de toutes les pauvretés.
L’exécution d’un jeune homme de 17 ans est
une défaite de l’esprit humain, une pauvreté intellectuelle
pour toute l’humanité. Elle exprime une misère sociale profonde,
une tragédie terrifiante pour la France.
C’est un acte de culture de la guerre et
vous ne pouvez promouvoir en tant que chef d’état d’un pays
membre des Nations-Unies une telle culture auprès de notre
jeunesse en plein désarroi.
Or, je vous ai entendu dire aux
informations du mardi 4 Septembre que, par la poésie et les
arts, vous vouliez éduquer nos enfants au « tragique ».
Monsieur Sarkozy, par la poésie et les
arts, j’ai choisi depuis quarante ans d’éduquer à la beauté et
non à l’horreur. Je suis légitimement une citoyenne très
inquiète et je viens vous en faire part, vous demander de
réfléchir à la portée de vos déclarations.
Nous venons de faire à Paris le premier
rassemblement des poètes du monde sur le thème de la paix. Aucun
de ces poètes ne souhaite que l’on utilise son œuvre pour
l’éducation au tragique et à son cortège d’horreurs ?
Avant toute autre observation, je tiens à
me présenter maintenant à vous :
Je suis la petite fille de la
république française et je peux à plusieurs titres
revendiquer cette filiation ainsi que les droits que la
république a le devoir de m’octroyer. Petite fille :
·
par l’adoption de mon père à l’âge de 5 ans
comme pupille de la nation après l’assassinat collectif
de la guerre 14-18, drame dans lequel mon grand-père paternel a
été tué à l’ennemi par éclat d’obus le 10 Novembre 1914.
·
par l’adoption de ma mère comme pupille
de l’état. Née le 20 janvier 1918, elle a été déposée et
abandonnée par sa famille génétique au service des enfants
trouvés, l’assistance publique de Rennes, à l’âge de un jour, le
21 janvier 1918
·
Parce que c’est la république française, par
l’intermédiaire de son représentant, qui s’est portée garante du
mariage de mes parents en 1938 en acceptant d’accorder la main
de ma mère, alors mineure et sous tutelle de l’état, à mon père.
En donnant l’autorisation de ce mariage, la république
française avait le devoir d’offrir aux enfants nés de cette
union, aux six enfants dont je suis, toutes les chances de
réussir leur vie, éducation, soutien, intégration au « bonheur
collectif », égalité des chances, parité etc.
Vous avez choisi, en tant que président de
la France élu à la majorité des voix exprimées, de protéger le
patrimoine, donc des privilèges et des privilégiés. Le privilège
initial est celui de naître dans une famille nantie qui peut
assurer la réussite de ses enfants, les soutenir et les
encourager car elle dispose elle-même des moyens et ressources
pour les éduquer et pour les installer dans des conditions et
décors de vie confortables voir luxueuses. Mes parents n’ont pas
eu ce privilège et leurs enfants dont je suis ne l’ont pas eu
non plus, et la république française n’a pas fait de nous les
héritiers d’un bien commun, les héritiers de privilèges, des
privilégiés.
Pour respecter notre pays, ses valeurs et
ses engagements, le lent cheminement des prises de conscience
populaires depuis la révolution française de 1789, le sang versé
par nos ancêtres depuis l’avènement de la république jusqu’à la
V ème, votre rôle en tant que président élu est de garantir à
chacun le respect de ses droits fondamentaux et non de garantir
à chaque nanti le respect de ses privilèges.
Je pense qu’il est essentiel maintenant de
choisir de réparer les préjudices subis par les déshérités dont
je fais partie. Et je souhaite l’avènement de la sixième
république dans laquelle les femmes, à force de courage et
d’intelligence, et non à la force du poignet et de l’épée,
auront effectivement leurs droits et leur place à part entière
sans discussion, humiliation et discrimination possibles, VI ème
république orientée vers la culture du dialogue et de la
médiation avec la création d’un ministère de la paix et
j’accepterai la responsabilité d’en être la première femme
ministre si cette proposition m’est faite.
Il y a beaucoup plus de déshérités que de
privilégiés sur notre planète. Les premiers se comptent par
milliards quand les seconds se comptent par dizaines de
milliers.
La république française elle-même a
« fabriqué » beaucoup de déshérités, conséquences des inégalités
sociales transmises de générations en générations, conséquences
des guerres et des drames, conséquences de la culture de la
guerre. Le jeune Guy Môquet et sa famille font partie de cette
catégorie-là.
Comment la culture de la guerre
entretient-elle la pauvreté ? Comment « déshérite t’elle » les
générations qui la subissent et les suivantes ? Les réponses de
fait sont évidentes :
- par privation des « pères » qui, par
leur énergie de vie et le fruit de leur travail auraient pu
bâtir une famille heureuse, un patrimoine et le léguer à leur
descendance, et qui n’ont pu le faire puisqu’ils ont été tués,
sacrifiés à la culture de la guerre, en pleine jeunesse et
maturité, laissant enfants et veuves dans la pauvreté, le
chagrin et la désolation pour des générations. Et j’oserai
ajouter avec clairvoyance, pendant que quelques marchands
d’armes et d’artifices construisaient leur fortune et leur
patrimoine sur le dépeçage, le désastre et la souffrance de la
multitude.
- par des habitudes monarchiques ancrées
dans les mentalités, des lois républicaines et des pratiques
sociales autorisant les abandons d’enfants à la naissance,
perpétuant la protection d’un nom et l’oubli d’un autre,
immobilisant le présent dans les hiérarchies du passé,
sécurisant le patrimoine et favorisant la culture des secrets
familiaux, privant de fait les milliers de familles issues de la
descendance des enfants exclus et rejetés par les leurs, et de
leur histoire personnelle, et d’un arbre généalogique aux
racines solides et vivantes, et de leur héritage, et de la
vérité sur les origines.
Sur le papier, le texte de la
Déclaration Universelle des droits de l’homme accorde à
chacun la dignité, une réelle égalité des chances, l’accès à
l’éducation, la parité, la justice et l’équité, l’accès à
l’identité et à la saine construction de la personnalité.
La république française a choisi de porter
et d’affirmer ces valeurs en étant signataire de cette
déclaration. Elle a le devoir à présent d’en assumer la teneur
et la profondeur en réduisant les inégalités entre les
privilégiés et les déshérités, en réparant les préjudices
subis par les déshérités.
La petite fille de la république française
que je suis estime qu’elle n’a pas eu toutes les chances de
réussir, ni reçu toutes les aides pour s’affirmer, ni les
possibilités de le faire à égalité avec les mieux nantis.
J’estime que je n’ai pas reçu de la
république française les moyens correspondant à mes capacités,
pour deux raisons majeures :
- Je suis une femme et j’ai été victime
de discrimination par le genre, vouée et dévouée à la
maternité, à la famille, assujettie à un rôle de mère et
« d’épouse de », conditionnée culturellement au sacrifice
d’elle-même et au renoncement à ses ambitions personnelles plus
qu’à l’épanouissement plein et entier de sa personnalité et de
ses capacités, culpabilisée plus que sensibilisée à
l’affirmation de celles-ci dans un cadre valorisant pour
l’acquisition d’une indépendance financière et pour
l’acquisition d’une retraite personnelle décente.
- J’ai hérité d’un modèle familial
où rien n’était simple et facile. Mes parents n’avaient au
départ pas beaucoup de richesse matérielle, de ressources
personnelles pour en produire. Ils n’avaient pas bénéficié comme
pupilles de la nation et de l’état d’une éducation supérieure et
universitaire, ni de relations utiles et bien placées pour les
aider à gravir les échelons de l’ascenseur social. Ils ont connu
beaucoup d’épreuves et de difficultés, et si je n’ai pas connu
la pauvreté, je connais la simplicité et la modestie. C’est mon
héritage et moi non plus, je n’ai pu trouver dans mon pays une
place juste et équitable correspondant à mes aspirations.
La loi est pourtant la même pour tous :
-
La loi est l'expression de la volonté générale. Tous
les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs
représentants à sa formation. Elle doit être la même pour tous,
soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les citoyens,
étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes
dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans
autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.
J’aimerai que cette loi s’applique à tout
mon parcours de vie pour continuer à œuvrer dans la Création et
pour diffuser la Culture de la Paix, non pour mourir de
désespérance dans un climat social qui sert les privilèges, la
culture de la guerre, refuse de considérer ses enfants
déshérités, traite la pauvreté par le mépris ou la charité.
J’aimerai que tous mes engagements et mes
actions trouvent un terreau d’enracinement collectif dans la
création du ministère de la paix dont j’ai déjà parlé.
Le poste de responsabilité que je
sollicite de la république est celui d’obtenir une mission pour
la paix, d’en être une ambassadrice pour « concourir à la
formation et à la transformation de la loi ».
En sortant enfin de la culture de la
violence pour servir la culture de la paix, la France qui a
toujours porté avec fierté les grandes idées de ses hommes
éclairés, et qui maintenant au nom de la parité a le devoir
d’écouter et d’accepter les grandes idées de ses femmes
éclairées, peut devenir la conscience et le porte-flambeau de
cette idée-là.
On s’épuise à gravir tout seul les
montagnes de l’incrédulité, de l’exclusion, de la
discrimination, de l’indifférence, à fréquenter les vallées de
la précarité, les déserts de la création et de l’affirmation de
soi au féminin.
Les « vertus et les talents » des femmes,
si différents des talents masculins, si enrichissants pour toute
la société, doivent être mieux reconnus et plus aidés dès à
présent. Ils doivent être soutenus pour permettre aux femmes de
vivre dignement et librement, sans tutelle patriarcale, dans la
sérénité, dans un pays qui les respecte et qui se pose les
bonnes questions sur sa misogynie, sur sa culture de l’arrogance
et de la prétention.
Ayant constaté que toute ma grande famille
républicaine a souffert des guerres, souffre des inégalités,
j’ai pensé un jour : « Cela suffit. Changeons de culture.
Changeons de regard et d’orientation.»
Comment un arbre privé de ses racines et
de ses sources de vitalité par des agressions permanentes
pourrait-il développer des feuillages beaux, sains et des
floraisons prometteuses de bons fruits ?
Les commémorations officielles du 8 mai et
du 11 Novembre célèbrent les armistices, la fin des combats.
Qu’elles célèbrent désormais une volonté commune de mettre fin à
toutes les violences et à tous les combats, le besoin de penser
et de dire : « Cela suffit. Changeons de culture. Changeons de
regard et d’orientation.»
S’il est juste pour la mémoire de « ceux
qui douloureusement sont morts pour la patrie et qui ont droit
qu’en notre cœur l’amour vienne et prie. », s’il est juste de se
souvenir d’eux pour leur rendre justice, pour comprendre et
prendre conscience de la barbarie et de l’horreur dont ils ont
été les victimes, je pense qu’il est stérile de faire l’apologie
du sacrifice de soi et de l’autre, que cette apologie est
incompatible avec l’édification des bases d’une société
pacifiée.
Je me permets de vous faire part de ma
conviction intime et profonde : il est indécent de vouloir
offrir à notre jeunesse l’exemple de l’enfance sacrifiée et de
sacrifier notre culture de la paix en devenir au culte
pathologique de la tragédie.
La lettre de Guy Môquet ne possède pas de
valeur littéraire, pas de valeur historique susceptible de
promouvoir la culture de la paix. Elle est seulement
terriblement pathétique.
Les circonstances de son exécution sont
déplorables et pitoyables au point qu’elles ne peuvent
constituer qu’un triste exemple de la culture de la guerre.
Ce jeune homme sacrifié est un enfant
martyrisé.
Transformer un enfant martyr en héros de
la résistance est une erreur de plus pour continuer à promouvoir
la culture de la guerre et ses symboles mortifères.
Dans mon pays où vous êtes né et qui a
accueilli votre père, les femmes et les hommes ont le devoir de
conscience, celui d’engager leur responsabilité devant
l’histoire pour les générations futures, de s’engager à servir
le droit de chacun dans le respect de la Déclaration Universelle
des droits de la personne humaine et dans le respect des valeurs
auxquelles notre pays a adhéré, celle de la charte des
Nations-Unies.
Vous engagez donc votre responsabilité
personnelle pour la paix ou pour la guerre en intervenant
sur la construction des mentalités, en provoquant des émotions
susceptibles d’être récupérées pour servir des idées qui ont
largement montré leurs limites, image d’unité nationale, culte
de la résistance, de l’honneur, de la patrie… des vieilles idées
dans lesquelles les femmes modernes ne se reconnaissent pas car
en ce temps-là, nous étions conditionnées, soumises et rendues
invisibles.
J’engage ici ma responsabilité comme femme
de paix en vous écrivant au grand risque de vous déplaire, de ne
pas être écoutée, de ne pas être respectée.
Mais je dois en ces circonstances vous
sensibiliser à la question de la construction de la paix dans
les mentalités, à cette action si importante pour tous.
Si l’argent est le nerf de la guerre, quel
pourrait bien être le nerf de la paix ? L’énergie humaine et la
volonté de chacun sont le nerf de la paix.
La culture de la paix n’est pas basée sur
la séduction, la manipulation des émotions, l’autoritarisme, la
sanction, la punition, le code de l’honneur.
Elle s’appuie sur des prises de
conscience, la considération approfondie des points de vue
convergents et divergents, la réflexion, la prévention, la
médiation, l’éducation pour inculquer des valeurs universelles,
la claire liberté de parole, de pensée et d’action, le respect
de soi et de l’autre, la responsabilisation des individus, le
choix d’aimer la vie, d’apprendre la dignité, l’apprentissage de
la relativité et l’expression de la beauté.
Vous voudriez donner à nos enfants et
petits enfants des leçons sur notre histoire de France ? Je
pense que ce n’est pas votre rôle de président.
Les professeurs qui ont cette vocation
dans l’éducation nationale sont mieux préparés et habilités pour
le faire dans la neutralité. Laissez-les libres de leur travail
et de leurs compétences.
Laissez-nous libres de penser notre
culture démocratiquement et de la faire surgir pour notre bien
de toutes nos forces vives.
La connaissance des racines, des
sources, de l’histoire et les références au passé ne sont
intéressantes que si elles sont de nature à bâtir l’arbre du
futur, la survie et la bonne santé des générations qui viennent.
Avec la lecture de la lettre de Guy
Môquet, je suis renvoyée à une période peu glorieuse de notre
histoire, quand les collaborateurs étaient plus nombreux que les
résistants et les justes, quand des dénonciateurs ont fait
emprisonné le jeune Guy Môquet.
Vous revenez avec insistance sur de tels
évènements, ranimez de vieux fantômes, attirant l’attention de
notre jeunesse sur une époque dépassée et définitivement
révolue, quand les femmes n’avaient pas encore le droit de vote,
pas encore le droit de disposer d’elles-mêmes, de leur corps et
la possibilité de choisir une maternité volontaire, quand elles
étaient sous la tutelle des pères et des maris, quand elles
n’avaient pas assez d’éducation pour ne plus servir la culture
de la guerre et de la mort et pour dire « Cela suffit. Changeons
de culture. Changeons de regard et d’orientation. Le chemin
suivi par l’humanité est le chemin vers le désastre et non vers
la survie. Vous, nos fils, nos pères, nos frères, écoutez-nous.
Nous apporterons au monde l’étincelle qui manque pour enfin
éclairer les esprits perdus dans les ombres et tourments, les
esprits qui s’agitent indéfiniment dans les tragédies et se
complaisent à faire revivre les sombres périodes de notre passé.
»
Avec le culte de la résistance que vous
vous appropriez de curieuse façon alors qu’en 1941 vous n’étiez
pas encore né, que vos racines paternelles s’ancraient en
Hongrie, vous nous faites régresser. Vouloir être considéré
comme un résistant plus résistant que les résistants historiques
ouvre la voie à des questionnements multiples que nous, les
citoyens, sommes en droit de nous poser quant à la
représentation cohérente de soi, quant à la construction d’un
personnage avec l’emploi de la mise en scène théâtrale.
Il importe à tous, à vous comme à moi, de
construire l’avenir. Il est de la responsabilité de tous de
regarder vers l’aube des jours nouveaux avec modestie,
simplicité, authenticité, avec ce que l’on porte en soi et ce
que l’on est vraiment, avec de l’énergie humaine valorisée et de
la volonté.
Nous, les femmes modernes, avons pris
conscience de nos différences et de nos droits, de notre valeur
et de nos capacités, nous contribuons à changer le monde et nous
allons continuer à porter haut notre parole pour faire entendre
nos voix et faire respecter nos points de vue.
Nous n’acceptons plus que nous soit
infligée d’en haut une vieille culture patriarcale.
Nous ne voulons plus que « la culture des
hommes entre eux » soit inculquée aux générations que nous avons
mises au monde, comme unique modèle à suivre et comme référence
idéologique.
Nos enfants sont nés et créés pour
survivre sur notre belle planète et non pour mourir déshérités
par les générations précédentes sous le coup des pires
expressions des idéologies humaines, celles de la haine, de la
guerre, fascisme, racisme, discriminations… mais aussi
intoxications, pollutions, atteinte à la bonne santé sous toutes
les formes perverses et méprisantes qu’elles peuvent prendre
dans une société de marché, de production et de consommation
ignorante de ses propres méfaits sur l’environnement et la
nature.
Dans les thèmes retenus pour le Grenelle
de l’environnement, il n’est pas question d’art, de culture ni
d’éducation à l’environnement. Comment pensez-vous pouvoir
adapter les mentalités aux nécessaires changements pour vivre en
cohérence avec notre planète ? Ce n’est pas une question de
décrets et de taxations, c’est une question de comportements.
Je pense que « l’entrée en humanité » de
chacun, président ou simple citoyen, commence précisément par
des prises de conscience souvent difficiles et peu glorieuses,
peu satisfaisantes pour l’esprit, celles que chacun de nous est
quelque part amené tôt ou tard à réaliser car chacun à sa
manière est responsable de ce qui est et chacun le subit.
L’ignorance, la lâcheté et l’aveuglement
constituent le terreau de la culture de la guerre. Le courage de
prendre ses responsabilités face à la vie et d’en assumer avec
simplicité et modestie les conséquences constitue le premier pas
vers la construction de la paix, paix avec toutes les terres
vivantes, y compris avec la nature pour un environnement de
santé et de survie.
Ainsi l’histoire de la France de 1941, et
celle de bien d’autres époques, devrait être revisitée dans les
livres d’histoire avec un regard élargi, une vision plus
relative des évènements, et pour une appréciation plus objective
de sa situation dans l’histoire de l’humanité toute entière. Ce
serait un deuxième pas vers la construction des mentalités pour
l’émergence d’une culture de la paix.
Je me sens agressée quand vous critiquez
la repentance, quand vous parlez de « liquider l’héritage de mai
1968 »…
Je me sens agressée par ce langage d’une
violence inouïe.
Je le ressens comme une insulte faite à ce
que nous sommes en 2007 grâce entre autres révolutions à celle
de mai 1968 !
Précisément, grâce au moment de notre
histoire où la jeunesse dans un élan de libération intense et de
révolte a montré et exprimé qu’elle ne pouvait plus faire
confiance à des générations de pères autoritaires qui les
emmenaient au sacrifice, de censeurs qui imposaient de « marcher
dans leurs pas », de « dictateurs de la pensée » qui ne
respectaient pas son besoin d’expression et de créativité, qui
lui insufflaient une culture dont elle ne voulait plus, une
éducation figée dans ses mandarinats et déconnectée des réalités
et des aspirations au changement, des nécessités de changement,
déconnectée d’un monde en pleine évolution.
C’est à partir de cette date que nous, les
femmes, avons commencé à « grandir » pour sortir des tutelles et
des censures subies et supportées, des frustrations faites tant
à notre intelligence qu’à notre liberté de disposer de notre
corps, de nos capacités et de notre esprit, que nous nous sommes
vraiment permis de commencer à nous penser telles que nous
sommes et non plus telles que le modèle hérité de nos mères
voulait que l’on soit. Il faut du temps pour une pareille
révolution !
Aujourd’hui, en tant que mère et
grand-mère, je refuse de servir les terrorismes quels qu’ils
soient, d’alimenter les guerres et les conflits en offrant mes
enfants et petits-enfants en sacrifice, d’imposer à toute la
jeunesse de mon pays de se construire sur des modèles et des
schémas révolus, dans la morbidité de l’esprit et l’apologie du
sacrifice, dans l’exaltation de la culture de la guerre au nom
de la consolidation d’un pouvoir quel qu’il soit, de faire la
propagande du culte du héros, de jouer sur le sentiment et les
émotions pour m’approprier l’énergie des autres.
Je sais que ces cultes-là fabriquent la
société qui consomme la violence, inculque la foi en une
humanité qui aime la souffrance, se complait dans sa misère
affective et morale, est exploitée dans un système relationnel
basé sur la culpabilisation, la réprimande et la sanction, sur
l’ordre punitif
Notre état nation, pendant l’occupation de
son territoire, a collaboré et obéi sous l’emprise de la peur.
Il a accepté d’envoyer à la mort des générations d’enfants
mineurs, enfants juifs ou enfants désignés comme Guy Môquet, des
enfants qui ont cru en leurs pères, qui ont cru aux idéologies
parce qu’ils avaient besoin d’espoir et d’aventure dans un monde
en décomposition et en perdition.
Notre état nation a envoyé ses fils en
pleine force de la jeunesse en déportation et au travail
obligatoire, en esclavage.
Notre république s’est fourvoyée dans une
guerre sordide, celle de 14-18, et n’a pas hésité à jeter ses
jeunes pères dont mon grand-père paternel dans la cruelle et
ignoble boucherie des tranchées, dans des conflits et combats
indignes d’une humanité civilisée, consciente et évoluée.
Pour le regard qu’il convient de porter
sur l’autre et sur soi-même, sur l’Allemagne et sur la France
d’aujourd’hui, sur les millions de vies meurtries de part et
d’autre, je refuse l’ordre établi de la culture de la guerre.
Cette inhumanité-là, nous ne voulons plus
la partager avec nos voisins, nos amis, notre famille, avec les
autres. Nous ne voulons plus qu’elle immobilise notre
conscience.
Cette inhumanité là condamne nos enfants à
accepter la mort au nom d’une patrie, d’une terre, d’une société
qui ne sait pas CONSTRUIRE la paix ou QUI REFUSE DE LE
FAIRE.
Cette inhumanité là condamne nos enfants à
reproduire sans cesse les mêmes dramatiques schémas au nom des
pères et de la défense des patrimoines.
Cette inhumanité là, vous vous proposez de
la cautionner encore en enseignant à des générations fragiles et
sans repères qu’il est honorable et louable d’accepter de mourir
sous les balles de ses ennemis à 17 ans, qu’il est héroïque
d’être arrêté, emprisonné, jugé terroriste pour fait de violence
et de trahison envers l’occupant, condamné à la sentence de mort
et exécuté.
Cette inhumanité là, par le symbole et la
représentation, par sa mise en scène, inculque le goût et les
valeurs, les schémas et les modèles du sacrifice, de la
profanation du sacré.
Le sacrifice fut le prix à payer pour des
engagements, des convictions personnelles qui dérangeaient
l’ordre établi et le pouvoir politique en place dans cette
période trouble de l’histoire de France où chacun devenait
l’ennemi de l’autre, où chacun trahissait avec une telle
facilité sa conscience.
Ce sont des générations d’êtres vivants et
responsables de la survie et de la vie que je désire éduquer à
leurs droits et devoirs en tant que mère et non des générations
d’êtres conditionnés au combat et à l’acceptation de la mort
injuste, des générations condamnées à fabriquer un ennemi à
craindre, à maîtriser et à abattre.
Le plus grand ennemi que chacun d’entre
nous possède, c’est lui-même.
Le personnage cynique qui dort en nous et
manipule nos pulsions de mort et de vie, manipule nos angoisses
et nos peurs est redoutable.
Attaque, défense, résistance sont les
gestes de la culture de la guerre.
La résistance en effet ne trouve une
raison d’être comme pulsion de vie et de survie que dans un
contexte guerrier, une situation de luttes et de conflits,
d’atteinte aux droits fondamentaux.
Nous, les femmes conscientes, évoluées,
les mères de l’humanité, n’avons que faire des médailles et des
honneurs, des hommages destinés à passer du baume sur un mal
incurable.
C’est la maladie de la guerre que nous
voulons éradiquer de nos esprits.
C’est à la source de cette maladie
ancestrale qu’il convient de retourner pour comprendre la haine,
dans nos esprits agités qui ont accepté un jour l’inacceptable,
qui ont inventé un jour l’intolérable, qui ont accepté un jour
la consommation du tragique..
L’écoute de l’autre, l’expression de soi,
les actes de médiation et le dialogue sont les attitudes à
apprendre pour générer la culture de la paix, qui est culture de
l’amour de la vie dans tous ses états et tout son éclat, son
éblouissante beauté, ses merveilleuses expériences à engendrer
pour vivre ensemble en trouvant les solutions éthiquement et
solidairement partageables.
Agresseur et agressé forment un couple
inséparable dans la culture de la violence. L’un est dominant
quand l’autre est soumis. L’un frappe quand l’autre est fragile.
Avec l’éducation à la paix, la justice, le
droit, la loi ont comme fonction de protéger l’agressé en lui
donnant les moyens de ne plus être une victime et d’éduquer
l’agresseur en lui apprenant à maîtriser ses pulsions
agressives, que la loi du plus fort n’est plus une loi juste.
C’est la responsabilité de tous les citoyens qui entre en jeu
pour s’interposer, créer un plan médiateur neutre et sans parti
pris, entre l’agresseur et l’agressé, pour réduire les violences
et leurs conséquences désastreuses.
Victime, bourreau et sauveur qui
s’ignorent constituent la trinité profane de la culture de la
guerre et de la violence.
L’égalité des droits, la dignité, la
responsabilisation, la capacité de repentance, la réparation des
préjudices et la réconciliation constituent les bases de
l’enracinement et du développement de la culture de la paix.
Le chemin de la réconciliation passe
nécessairement par plusieurs phases.
Aucune ne peut être balayée arbitrairement
pour que le processus se déroule de manière efficace et durable.
La voie de la réconciliation permet de
reconstruire des bases viables pour des relations humaines
porteuses de confiance et d’estime de soi et de l’autre.
-.le regret, le repentir, la repentance
constituent l’expression de la prise de conscience des actes
commis, des erreurs, des délits, des crimes, des fautes
d’attitude et de comportement. Cette prise de conscience
exprimée est fondamentale, essentielle.
- la réparation des préjudices subis
permet à l’agresseur de payer sa dette et de s’amender, à la
victime d’être reconnue dans ses souffrances et d’entamer un
processus de guérison des blessures reçues. Une vraie justice
doit favoriser la demande et l’octroi du pardon.
- la réconciliation avec soi-même pour la
reconstruction de sa dignité et de son intégrité quand elle est
possible est le troisième pas de la culture de la paix
- la réconciliation avec l’autre est le
quatrième pas de la culture de la paix.
La médiation dans laquelle un tiers
citoyen responsable intervient entre victimes et agresseurs est
une phase capitale de la réconciliation. Elle permet de libérer
la parole. Elle permet à la parole d’être entendue.
Il appartient ensuite à chacun de choisir
librement, délibérément de sortir de la culture de
l’impardonnable, de l’insoutenable, pour se réconcilier avec les
parties douloureuses de soi, de son histoire.
Imposer la réconciliation sans passer par
la repentance, c’est faire fi des drames, des blessures, des
traumatismes, faire fi de l’histoire, de la psychologie humaine.
C’est une erreur de cohérence. Les séquelles non guéries
deviennent des secrets, des amertumes, des nœuds, des non-dits,
des sources de nouveaux conflits, de désaccords, de haines qui
tôt ou tard ressurgiront dans l’histoire des relations humaines,
et parfois plusieurs générations plus tard, car les héritages
transmis ne sont pas seulement de nature matérielle, ils sont
aussi de nature immatérielle, de nature spirituelle.
La culture de la paix implique de sortir
de la logique de guerre, de considérer les humiliations et les
souffrances infligées aux femmes qui supportent depuis des
siècles l’expression dominante de la culture des « frères et des
pères entre eux », de considérer les humiliations et les
souffrances que s’infligent les hommes, les frères, les fils,
les pères entre eux depuis des siècles dans l’expression des
rapports de force et le culte vénéré de la domination et d’une
virilité mal affirmée, culte où les dominateurs assujettissent
les vaincus à l’esclavage et à la soumission.
Pour que l’humanité atteigne à la dignité
d’elle-même, il n’y a pas d’autre chemin que celui de considérer
l’autre comme égal à soi-même et réciproquement, d’autre voie
que l’altérité.
Apprendre à faire acte de repentance pour
guérir les blessures du cœur, réparer les préjudices subis,
payer enfin la « dette aux mères », la « dette aux femmes » pour
les fils dont ce pays les a privées, pour les maris qu’elles
n’ont pas eux ou qu’elles ont perdus, demander pardon à la mère
de Guy Môquet pour toute la souffrance provoquée par cette
exécution barbare… Tous ces actes constituent des pas
fondamentaux pour s’engager sur la voie du modernisme, de
l’égalité, de l’altérité et pour transformer nos mentalités.
Je propose que soit instituée en France
une journée de la repentance pour toutes les humiliations,
brimades, discriminations, souffrances et violences machistes
infligées aux femmes.
Nous, les femmes françaises, attendons
encore d’être respectées par les hommes politiques qui ont
choisi de servir le peuple de France en se présentant au
suffrage universel, à notre suffrage. Une virilité mal affirmée
est une virilité dominatrice et violente. Elle est malsaine.
Nous, les femmes françaises, attendons la
naissance de la vraie démocratie avec un réel partage des droits
et des devoirs, du pouvoir et des moyens disponibles, réservés
pour l’instant à quelques frères privilégiés ou courtisans.
J’ai personnellement consacré par un
mariage obligé des années de ma vie à une famille, à des
enfants, puis à la construction de ma paix intérieure, à la
cicatrisation des blessures héritées, enfin à comprendre le
système social dans lequel je vivais, à me libérer de traditions
de service et de silence, de conformité au modèle donné.
A l’âge de 20 ans, j’accouchais d’un
enfant. On a sacrifié les brillantes études auxquelles j’étais
destinée. On ne m’a pas laissé le choix. Je suis devenue « la
mère de », « la femme de ». A cette période de ma vie, je n’ai
pu construire mon identité sur ce que j’étais, sur ce que je
valais, sur ce que je voulais.
J’ai gagné ma liberté spirituelle en
divorçant.
Monsieur Sarkozy, nous aimerions que vous
ne soyez pas au service de représentations sacrificielles de
notre passé guerrier, mais au service d’une France projective,
ambitieuse, qui affirme et sert sa volonté de bâtir la véritable
paix et développe sa capacité à éduquer pour notre « bien vivre
ensemble ».
Avec la représentation du 14 Juillet 2007,
vous avez clairement montré votre volonté de construire une
Europe militaire, une Europe de la défense.
Femme de culture de la paix, j’attends la
construction d’une Europe démocratique, sociale, qui fasse
rayonner la culture de la paix.
En choisissant de mettre en jeu des moyens
considérables au service de l’invention et de la fabrication
d’armements de dissuasion coûteux, vous nous privez des moyens
qui seraient utiles pour éduquer nos enfants à la culture de la
paix. Toutes les armes inventées, fabriquées servent un jour
contre nous, pour dire la guerre et son cortège d’ignominie et
de cynisme.
Votre rôle de chef d’état est de vous
porter garant de la paix en tant que président d’un pays membre
fondateur des Nations-Unies.
Nous citoyens sommes là pour vous rappeler
votre mission, celle à laquelle les suffrages exprimés vous
obligent.
Nous voulons que la vie soit respectée et
honorée sur toute notre planète, qu’elle soit sublimée, que les
générations ne soient plus sacrifiées au nom de l’intérêt de
quelques fortunes à construire ou à conserver
Choisir de lire la lettre pathétique d’un
pauvre jeune homme condamné à mort, la citant en exemple de
résistance contre l’occupant et contre l’ennemi, n’apporte rien
à la culture de la paix que nous devons construire ensemble.
Il n’est pas bon d’agiter les esprits de
la revanche et de la révolte, en faisant ressurgir de vieux
fantômes traumatisés, ni de manipuler les émotions.
En imposant à notre jeunesse, à notre
pays, l’écoute d’un texte aussi tragique, vous prenez une
décision symboliquement lourde de conséquences.
Guy Môquet, ce jeune homme soumis à
l’ordre des pères, à l’autoritarisme de nations désunies, a cru
dans l’effervescence de sa révolte adolescente en l’idéologie du
communisme, à la victoire par le sacrifice de soi.
Il pensait participer à la construction
d’un monde plus juste, rendre à son pays et à son père la
liberté et la dignité, aux peuples des nations le droit à
disposer d’eux-mêmes.
Il n’a reçu comme réponse que
l’incompréhension et l’anéantissement.
Ainsi fonctionne la culture de la guerre
que je dénonce avec conviction et force au titre de messagère de
culture de la paix nommée par la commission de la république
française auprès de l’Unesco en l’an 2000.
La dette aux femmes, aux mères est déjà
considérable, inépuisable. Elle a l’ampleur des flots de larmes
versés sur la misère. Je sais que la remise des médailles et les
commémorations ne ramènent jamais les sacrifiés, les jambes ou
bras manquants.
Les états qui continuent à cautionner la
guerre et la violence comme outils de résolution des questions
conflictuelles, qui font l’apologie du meurtre en justifiant les
crimes, les peines de mort, les exécutions, les attentats
terroristes, qui ignorent tout de la dette aux mères, de la
« dette à la nature mère nourricière », qui continuent à
fabriquer les outils de la guerre, qui refusent d’entendre et de
comprendre le langage de la culture de la paix, d’éduquer leurs
jeunes générations à la paix, sont les premiers responsables de
la dégradation de nos conditions de vie et de survie sur notre
belle planète.
Au nom de mes enfants, de mes
petits-enfants, de mes parents décédés et de mes grands parents
inconnus, de ma famille républicaine et populaire, je proteste
vivement contre l’instauration d’une journée nationale qui
n’aurait comme objectif que de remuer les vieux fantômes de
l’histoire, niant la liberté de penser acquise depuis 60 ans, la
construction de l’amitié avec le peuple allemand et sans aucune
considération pour la construction spirituelle d’un avenir de
pacification qui passe par les prises de conscience, des actes
de repentance, de pardon, de réparation, de reconnaissance
mutuelle et de réconciliation.
Consciente que l’éducation à la culture de
la guerre est une impasse dans laquelle je ne puis laisser mon
pays continuer à engager ses forces vives sans protester
vigoureusement, j’ai écrit une lettre, la réponse que j’aurais
pu adresser à mon fils si j’avais été la mère de Guy Môquet, la
lettre que j’adresserai à mon fils s’il était Guy Môquet.
La jeunesse en quête d’aventures et de
reconnaissance doit être questionnée sur le futur, pas seulement
informée de l’histoire.
Qu’il me soit accordé de lui apporter ma
contribution de femme de paix.
Qu’il me soit accordé le 22 Octobre de
lire officiellement et publiquement cette « lettre à mon
fils » et mon poème « au nom des mères »,
car je ne puis accepter que cette journée soit uniquement
destinée à rappeler aux consciences défaillantes les crimes de
guerre dont l’assassinat de Guy Môquet.
Que les monuments aux morts de notre pays
soient peu à peu transformés en monuments à la mémoire, à la
paix et à la vie, comme l’a été le monument aux morts du village
de Balazé en Ille et Vilaine, monument réalisé par le grand
Sculpteur Louis Derbré et sur lequel figure le nom de mon
grand-père, Alexis Robert.
Que ces lieux de témoignage gardent le
souvenir de ceux qui se sont sacrifiés pour nous dire que la
guerre n’a aucun avenir et qu’elle ne sert en aucun cas la
dignité de la condition humaine.
Il ne faut jamais oublier qu’avant d’avoir
été considéré comme résistant, Guy Môquet a été considéré comme
terroriste par l’armée d’occupation, et par la police du
gouvernement français de Vichy.
Il faut se souvenir ou apprendre que la
culture de la guerre implique la désignation de héros, de
terroristes et de traîtres, et que selon le camp dans lequel on
le place, le même personnage devient soit un héros, soit un
terroriste, soit un traître.
Réussir ma vie, c’est montrer largement
les visages de la paix, servir ses ambitions, recevoir les
moyens de réaliser ses représentations.
Car c’est la trace de vie que je souhaite
laisser et la page d’histoire que je désire écrire avec
témoignages, expérience et talent.
Et, pour ce faire, au nom de la justice
sociale, de l’équité et de la dignité, je viens réclamer le
paiement de la dette de la république française à mon égard, à
l’égard d’une femme parmi les autres.
.
Pour terminer cette lettre, je propose à
tous nos élus et à tous nos enseignants d’intervenir
personnellement, comme vous pouvez le faire vous-même, pour que
soient lues dans les écoles, les collèges et les lycées, la
Déclaration Universelle des Droits de la personne humaine et la
Déclaration Universelle des Droits de l’enfant.
Je désire vivement que vous entendiez mon
point de vue, et si vous pouviez le partager avec moi, mon
espoir serait grand. Tout au moins, j’aimerai que vous le
discutiez avec votre conscience.
Je vous remercie de m’avoir accordé votre
temps, votre considération et votre attention jusqu’au bout.
Dans l’attente d’un suivi, veuillez
agréer, Monsieur le Président de la république française,
l’expression de mes respectueuses salutations.
Marie Robert, artiste et auteure, ce 21
Septembre 2007
Journée internationale de la Paix
décrétée par les Nations-Unies
Note
d’auteur:
Conformément à la loi sur la propriété intellectuelle et
artistique, ce texte ne peut être reproduit sans autorisation au
préalable de l’auteur. Après obtention du droit de copie et de
reproduction, la mention suivante doit apparaître :
© Marie Robert,
artiste nommée messagère de la paix à l’Unesco en l’an 2000 –
texte écrit en septembre 2007 – dépôt SACD
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« Au
nom des mères »
Poème de
Marie ROBERT,
écrit pour le 7 mai 2006
Et lu à l’Inauguration du Monument de
la paix et de la vie, Sculpture de Louis Derbré
« Dédié
à la mémoire de mon grand-père Alexis
Et à
celle de tous ceux dont les noms figurent sur les Mémoriaux des
guerres partout dans le monde»
Que reste
t’il ?… D’eux
Des noms
en procession de sacrifiés,
une croix
de guerre ternie au ruban défraîchi,
un
portrait déposé au plancher d’une armoire ou au ciel d’un
buffet
un voile
noir de deuil brodé au point du jour par une veuve en pleurs,
et dans
les souvenirs de toutes les familles brisées,
le poids
lourd d’une angoissante absence,
l’inscription douloureuse d’une blessure muette
dans les
âmes déchirées par l’esprit de la guerre
Quels
fantômes reviendront?
Quels
symboles retiendrons-nous à la cordée de nos passions?
Des corps
déchiquetés dans la folie, l’inépuisable amoncellement?
Portée aux
nuées par ses parents, l’envolée vers la vie d’un enfant
innocent?
Nous voici
aujourd’hui au chevet de ces disparus chers à nos cœurs désolés,
gardant en
héritage dans nos mémoires traumatisées,
le flot
cru de ces vies arrachées par milliers à l’affection des leurs
Depuis la
nuit des temps, la souffrance indicible,
le
calvaire dressé, la descente aux enfers,
le cri
sourd de la mère n’ayant pas recueilli pour pleurer en silence
et dans
ses bras ouverts le fruit mur de sa chair,
des piétas
impossibles à sculpter dans la pierre,
des femmes
éplorées portant la perte, portant la peine, infiniment!
Deuils de
fils, de maris, de frères, de pères,
défunts
sans sépulture sur des champs de bataille,
ensevelis
par des éclats d’obus dans des tranchées lointaines labourées
par la haine
Que reste
t’il? … D’eux!
Des
prénoms… Interminable liste et redoutables ombres de village en
village,
partout
sous l’épais voile des ténèbres insaisissables, s’est engouffré
l’espoir
Longue et
interminable guerre!
emplissant
les greniers de la moisson des amertumes et des rancunes,
les caves
de la récolte des raisins de misère, des vins de la colère
engloutissant sous des décombres la force vive d’une génération
de pères,
bâtissant
des foyers de détresse qui échappent à la conscience de
l’humaine fraternité
Combien
faudra-t-il essuyer de larmes et de pleurs
pour laver
et guérir les méfaits de l’histoire par des gestes de paix?
Et combien
faudra-t-il de cœurs battant à l’unisson du rythme des moissons,
en lente
vibration pour oser aujourd’hui être « offrande à la vie »,
écrire
tous les chemins divins de la nature en liesse,
sculpter
en permanence le mot aimer, le mot accompagner et le mot
s’élancer
en puisant
à la glaise des caresses de soie
et aux
nuits étoilées des infinis à rassembler au cœur de joie
pour
embellir le foyer de nos âmes,
renouer
les fils brisés de nos histoires en tissant pour demain,
sans arme
et sans larmes
Que reste
t’il? … D’eux
Des âges…
Artisans, paysans, à l’appel du tocsin,
ils sont
partis de leurs hameaux, de leurs maisons,
quittant
le chant des cloches qui sonnent l’angélus,
pour le
bruit des canons qui tonnent le déluge
Mon père
avait deux ans, l’âge de cet enfant soulevé dans les airs
quand son
père est parti et fut tué à l’ennemi
Ceux dont
les noms fleurissent au milieu des villages, et qui, jamais,
jamais ne
nous sont revenus,
ont droit
qu’en notre cœur, l’amour vienne et prie!
Avons-nous
fait le deuil de tous ces corps meurtris en pays barbarie
sans les
mettre à la tombe, sans les mettre à l’abri?
Sur le
socle de la mémoire, leurs visages oubliés sont de nouveau
gravés
et leurs
noms en racines se rattachent à l’espoir
du futur
engendré aux élans de leur descendance
Du couple
en harmonie, ressuscite la vie dans la tendresse de son
printemps
Demain
sera un autre jour si aujourd’hui bouleverse les images d’un
trio infernal,
l’arme et
le bras qui frappe, les larmes
Demain
sera un autre jour si aujourd’hui révèle une trinité créatrice
qui célèbre la vie,
la mère,
le père, l’enfant!
Faire
renaître l’espoir! Lui offrir la jeunesse éternelle!
L’art
écrit des futurs qui nourrissent nos âmes, et éclairent nos
nuits
Nos Amours
déchirés viennent prendre à la source quelques gouttes de paix
révélant
des aurores, aubes claires et fragiles au lendemain des
crépuscules confus
Répéter
les désastres? Réveiller les blessures?
Non,
réparer et guérir en cueillant à la paix ce qu’elle offre de
terre
pour la
porter en offrande à l’univers vivant!
Semons,
cueillons et récoltons à chaque saison de nos générations
les
bienfaits incarnés dans le principe de vie!
Enracinons
nos pieds dans la terre apaisée!
Que brille
en nos regards fragiles le diamant des amours féconds!
De la
Division à l’union, de l’opposition à la réconciliation!
Du couple
anéanti à l’alliance bénie!
Nos
enfants sont des liens d’éternité pour traverser le temps,
Nos
enfants sont notre lumière pour délivrer les êtres des destinées
d’adversité
Aimons la
vie! Oui! Célébrons la vie!
Porté à
bout de bras par ses parents,
ici, un
enfant tend ses mains vers le soleil et les étoiles,
touchant
la pluie du ciel dans les souffles du vent,
et malgré
les bourrasques, et malgré les orages,
reçoit des
firmaments illuminés de la puissance
la force
d’exister infiniment
Il
transmet l’énergie aux âges précédents
pour que
graine d’espoir puisse réensemencer la terre désertée
Ceux qui
douloureusement sont morts pour la patrie
ont droit
qu’en notre cœur l’amour vienne et prie!
Que
choisir aujourd’hui pour demain,
le porter
dans nos mains, nues, sans arme et sans larmes?
Balazé a
choisi la paix, la mémoire et l’élan
La paix
invite nos consciences à offrir à l’enfance
une terre
d’exigence, une terre d’espérance
Elle porte
avec audace les couleurs de l’amour qui assemble et engendre
Balazé a
choisi de porter la vie ! La vie à travers moi dit « Merci »!
Note
d’auteur:
Conformément
à la loi sur la propriété intellectuelle et artistique, ce texte
ne peut être reproduit sans autorisation au préalable de
l’auteur. Après obtention du droit de copie et de reproduction,
le nom de l’auteure doit apparaître et être mentionné de la
façon suivante
© poème de
Marie Robert, artiste nommée messagère de la paix à l’Unesco en
l’an 2000 – Mai 2006
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