© Marie Robert

   Sarajevo 1994-95 : l'art humanitaire, L'art et la culture pour résister     

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L'engagement

Le premier voyage à Sarajevo s'est déroulé dans la logique et la continuité du spectacle "l'urgence d'aimer" créé en 1993, avec la pleine conscience d'un engagement, d'une pensée et d'une volonté à mettre en acte pour la vie et pour la culture de la paix. Cette oeuvre chorégraphique portait en germe l'action des places publiques et l'art de résistance. Elle s'est reliée en toute logique à une actualité blessante pour l'humanité: la guerre en ex-Yougoslavie, l'horreur, le génocide. Isabelle Aime, jeune danseuse de ma compagnie, chorégraphie au printemps 94, une pièce solo, sa première composition personnelle. A la même période, on me sollicite pour accueillir à Chamonix un alpiniste arrivant de Sarajevo, Mukrim. 

 avec MUKRIM 

au sommet du Mt Blanc

 

Le départ pour l'ascension

du Mt Blanc à Chamonix  

au téléférique 

de  l'Aiguille du Midi

Nous l'hébergeons au chalet pendant deux semaines. Il me raconte la guerre, sa guerre. Il est Bosniaque, sa femme est Serbe, son enfant a deux ans. Il est engagé dans l'armée de Sarajevo. Mais il choisira l'amour à la guerre et l'exil au Canada à la déchirure familiale

Le 24 mai 1994, je présente mes 2 spectacles "l'urgence d'aimer" et "éclosions" à la Salle Michel Croz de Chamonix. Mukrim a le projet de réaliser l'ascension des Drus. Il part un après-midi pour bivouaquer au pied de la face avec l'objectif de faire sa course le lendemain. Mais le mauvais temps s'annonce le matin et l'oblige à renoncer. Il redescend dans la vallée et assiste au spectacle. Il me remet ensuite 2 pages manuscrites, écrites en serbo-croate en me disant: 

I'd no choice. I must do war. Now, Marie, you have no choice. You must go to Sarajevo. They need  your expression for love, your art. You are hope and they need hope. You must go for peace."  Ce qui veut dire: "Je n'avais pas le choix. J'ai dû faire la guerre. Maintenant, Marie, vous n'avez pas le choix. Vous devez aller à Sarajevo. lls ont besoin de votre expression pour l'amour, de votre art. Vous êtes espoir et ils ont besoin d'espoir. Vous devez aller pour la paix." 

L'appel de Sarajevo est venu jusqu'à moi par Mukrim, un alpiniste et un guerrier. C'est promis, nous irons danser à  Sarajevo.

Début juin, 10 autres "guerriers" arrivent de Bosnie à Courmayeur. Je fais leur connaissance en emmenant Mukrim à leur QG. lls préparent une expédition en Himalaya. Le 7 juin, une équipe revient à Chamonix pour faire l'ascension du Mt Blanc. Je pars avec eux. Nous bivouaquons au vieux refuge des Cosmiques. La nuit est claire. A 2 heures du matin, nous commençons notre ascension. Nous sommes 6 en 3 cordées. La première cordée doit faire la trace. Nous sommes au sommet en fin de matinée et redescendons par l'arête à Vallot puis au refuge des Grands Mulets. Le lendemain, j'écris un poème en anglais: " How can I be when the peace is my law, how can I feel when the war is your law, etc..." Ce qui signifie: " Comment puis-je être quand la paix est ma loi, comment puis-je ressentir quand la guerre est votre loi..."  Je le chanterai sur scène à Sarajevo un an et demi plus tard en décembre 95.

Isabelle Aime

  la vidéo en DVD bientôt

La danse créée par Isabelle Aime est puissante, forte et magnifique. Elle prend le nom du premier camp de réfugiés où elle est présentée mi-juin 94 à Zagreb: "Baraketempo".  

Son parcours est exceptionnel. ll nous conduira de places en places publiques pendant 2 années, depuis le camp de réfugiés en juin 94 à la Fondation ClNl à Venise avec l'Unesco fin 95, en passant par la place de la Déportation à Pau pendant le festival de danse, la Place des Droits de l'homme au Trocadéro à Paris, le Kamerni Théâtre à Sarajevo, le festival d'Aurillac, la scène de la Manutention à Avignon, la Cité Universitaire à Paris et bien d'autres lieux. Une vidéo-mémoire  est tournée à l'automne 94 place de la Comédie à Montpellier. Le Baraketempo est une danse de résistance sur le thème suivant "de la violence subie à la dignité retrouvée". Elle est dansée chaque fois comme un rituel pour sensibiliser l'opinion publique au drame bosniaque et éveiller les consciences à la responsabilité d'agir individuellement et collectivement pour comprendre les mécanismes de la culture guerrière et renoncer à la violence.

Le premier voyage: Janvier à mars 95

Arrivée à l'aéroport de Sarajevo

 

 

 

 

Sarajevo, ville blessée

 

 Baraketempo

au Kamerni

La bibliothèque de Sarajevo

En septembre 94, nous rencontrons Ibrahim Spahic, Directeur du festival d'hiver de Sarajevo, au festival international de théâtre de Lausanne. Nous lui présentons notre action et le Baraketempo. Symboliquement, je lui remets les petits chaussons tricotés et offerts par une femme dans un camp de réfugiés "pour qu'ils rentrent à la maison et que cessent l'exode et le génocide." Il nous invite à venir danser à Sarajevo pour Sarajevo. A l'automne, l'Unesco accepte de m'aider pour que nous puissions nous y rendre en empruntant les vols de l'Unprofor. La première tentative échoue, l'aéroport est interdit d'accès. Avec Isabelle Aime, nous atterrirons enfin à Sarajevo en janvier 1995 pour les mille jours de résistance de la ville enclavée.

à Lausanne

avec Ibrahim Spahic

avec le Maire

de Sarajev0

Isabelle Aime danse pour les enfants à l'hôpital

 

Avec Sanya, Brizita et les autres, nous commençons un projet avec les jeunes danseuses et danseurs. Rodoitza nous offre de vraies roses rouges le 8 mars pour la journée internationale des femmes. Nous quittons Sarajevo le 10 mars, après avoir promis de revenir pour aboutir le projet initié dans les studios de l'Académie des Beaux-arts et du Théâtre National.

 

 

 

 

le groupe de danseurs

à l'Académie des Beaux-arts

 

  

Baraketempo

Au Kamerni Théâtre

Marie avec les roses rouges à l'aéroport le jour du départ

Au Kamerni Théâtre,

pause près du poêle

    

rencontre avec une association de femmes à Sarajevo

 Le deuxième voyage: Octobre à Décembre 95

A l'automne 95, je décide de retourner à Sarajevo. Isabelle Aime m'accompagne une nouvelle fois. Nous effectuons le voyage en camping-car, avec ma "camionnette dorée". Nous atteignons Sarajevo sans problème en novembre après avoir sillonné les routes de France, d'Italie, de Slovénie, de Croatie, de Bosnie. Je travaille, assistée d'Isabelle Aime et des professeurs, dans les studios du Théâtre National avec deux groupes, un groupe de 16 jeunes enfants de 10 à 12 ans, un groupe de jeunes danseuses et danseurs de 16 à 25 ans. Entre temps, j'ai obtenu une bourse et un accueil pour Sanya en France afin qu'elle puisse réaliser son rêve : devenir danseuse. J'initie ces jeunes à la danse d'expression créative et à la composition chorégraphique. Début décembre, au moment de la signature du traité de paix, nous rassemblons familles et amis pour leur présenter au Théâtre de la Jeunesse les réalisations abouties au terme des 3 semaines d'ateliers.

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La camionnette dorée

sur les  routes de Bosnie

à gauche

et ci-dessus à Sarajevo 

répétitions au Théâtre National

 

 

L'art et l'expression sont au service d'un "je créatif" et d'un "être ensemble". La paix n'est pas une utopie, ni un désir. Elle est un acte de révélation et de création, une conviction intime. Nous avons réussi: réaliser un acte de paix qui écrit la culture de la paix.  

Voyage, Isabelle Aime prépare le repas dans le J7

Isabelle et Marie à Sarajevo

préparation du spectacle dans les coulisses

le groupe de jeunes de 10/12 ans

  A la fin du spectacle avec notre interprète Neira

L'aventure se poursuivra en France avec Sanya. 

En 1996, je mets en scène le duo 'la déchirure" interprété par  Isabelle aime et Sanya Hasagic. Je réalise le projet photographique "Sanya, de la blessure de guerre à la mémoire de paix" à l'Île de Leyrins près de Cannes. Sanya a réussi: elle est devenue danseuse. Elle a créé une compagnie nommée Quantum Ether aux Pays-bas. Mon espoir: qu'elle danse et répande par la danse la culture de la paix et reprenne à sa manière l'énergie de cette expression. 

la fête avant le départ

chez Fehma

 

au volant du J7

 le départ de Sarajevo sous escorte ONU

 

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